Desert Rose

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 Le Temps est une Invention de l'Homme

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Azzurra
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MessageSujet: Le Temps est une Invention de l'Homme   Mar 13 Mai - 20:57

Vous aimez les histoires avec pleins d'ados surdoués, sarcastiques, beaux à en tomber à la renverse, et capables de faire des choses qui dépassent l'entendement ? Non ? Bon... ben au revoir (snif).

La première fois que je l’ai découvert… ce don. J’avais dix ans. Mes parents étaient en instance de divorce. Mon père, chômeur, buvait comme un trou, il en devenait violent. Ma mère, elle, n’était jamais là, mais quand elle rentrait du travail, ce n’était qu’engueulade sur engueulade. Le jour où elle est partie de la maison pour aller au boulot avec un coquard violacé à l’œil droit, elle s’est dit que ç’en était assez. A l’époque, mon petit frère, Justin, avait huit ans. C’était une plaie, il n’a pas facilité la tâche à mes parents, à ne pas vouloir comprendre, à toujours penser à lui, et à poser les questions qu’il ne fallait pas quand il ne fallait pas. Je ne le supportais pas, ce morveux, et j’en venais à lui donner des claques. Un jour, ma mère m’a surprise en train de le jeter contre la commode de ma chambre, dans laquelle il était entré sans permission. La seule chose qu’elle a dite en observant la coupure que l’autre crétin, qui n’arrêtait pas de pleurer, s’était faite au front, m’a encore plus blessée que si elle m’avait giflée : décidément, je tenais de mon père.

Jusqu’alors, j’avais toujours été violente avec Justin quand il m’embêtait très sérieusement, quand il venait dormir dans mon lit parce qu’il avait peur, quand il voulait jouer avec mes affaires, quand il déchirait mes cahiers, quand il me mordait ou me tirait les cheveux, ou bien encore après une punition que j’avais reçu injustement de mes parents, qui étaient persuadés que Justin disait la vérité en affirmant que j’avais volontairement cassée l’assiette qu’il avait lui-même jetée à terre. Mais à partir du moment où elle m’a dit ça, de nouveaux bleus apparaissaient sur Justin tous les jours. C’était probablement la seule chose qui me permettait encore de sourire.

Un jour, Justin chuta « malencontreusement » dans les escaliers. Il fit trois mois d’hôpital, durant lesquels la procédure de divorce put enfin avancer. Même devant le juge, mes parents s’engueulaient. A chaque fois qu’ils venaient, m’emmenant parce qu’ils n’avaient personne pour garder une teigne dans mon genre, ils trouvaient le moyen de se foutre sur la gueule. Le juge avait eu pitié de moi, qui les regardais avec indifférence, et m’avait invitée à dormir chez lui quelques temps. Il n’avait pas le droit, normalement, mais il fallait croire que j’étais réellement un cas désespéré. La femme du juge était très gentille, et elle cuisinait bien. Leur fille, très gentille aussi, et très belle, avait un petit appartement dans le centre-ville, au-dessus de l’horlogerie qu’elle tenait. Avec eux j’étais sage. J’en éprouvais l’envie, avec tout ce calme qui régnait autour de moi. Mes notes avaient même remonté de façon prodigieuse, selon le maître. Quand le juge avait affaire à mes parents, il m’emmenait. Ma mère passait pour un parent soucieux de son enfant, il fallait bien que je donne le change pour qu’on lui donne au moins la garde de Justin, que je sois enfin débarrassée de ce fouteur de merde. Le dernier jugement arriva, je traînais alors dans les couloirs du Tribunal, que je connaissais maintenant par cœur. Je voyais les grands criminels, à la mine patibulaire, qui venaient se prendre des années de prison, pour meurtre, ou encore viol aggravé. J’avais en effet tendance à ne pas me trouver dans la bonne partie des bâtiments, ceux sous haute surveillance étaient tellement plus tentants. Ils ne me faisaient pas peur, ces gros types, à force de me prendre des gifles, j’avais un crâne en diamant, et non contente d’être une tête à claques, j’étais aussi une tête brûlée.

Sauf que ce jour-là, l’un d’entre eux, dont le procès avait pour lui été décisif, avait eu le bon goût d’avoir un complice. Avec le recul, je le félicitais intérieurement d’avoir eu une idée aussi brillante pour aussi peu de cervelle. Le but, pourtant, était loin d’être aussi intelligent. Plutôt que de croupir en prison avec les mecs qui l’y avaient mis se pavanant dehors, à la lumière du jour, il préférait crever sur-le-champ, avec eux. Le complice était plus loin devant moi, qui parlais avec le gardien, le prisonnier passait à côté de lui en lui jetant un regard significatif quand il fit exploser la bombe. Je me rappelle juste avoir entendu crier, j’ai tourné la tête. Tous les murs s’envolaient autour de moi, comme s’ils avaient été fixés avec de la colle de supermarché, et la déflagration arrivait dans le couloir, comme une vague rouge et brûlante. J’entendais le gardien me crier de courir, mais j’avais dix ans, et pas assez de neurones, faute à trop de claques, je regardais le feu venir vers moi sans bouger, et ne réalisais l’ampleur de la situation qu’en sentant une épouvantable douleur à mon poignet, qui noircissait. J’ai paniqué. Je me suis dit que j’allais mourir.

Et c’est là que ça s’est arrêté. Tout s’est stoppé. Plus rien ne bougeait, les flammes étaient immobiles, et leur chaleur entourant mon bras n’était un souvenir un peu vif. Je regardais autour de moi d’un air hébété. L’immobilité régnait. Les gens qui s’étaient mis à courir étaient bloqués dans leur position de fuite. Et le silence me vrillait les tympans. Je me mis à pleurer doucement « que ça n’arrive pas, que ça n’arrive pas ». Je voulais que ce soit un mauvais rêve, la déflagration, et cette chose étrange. Rien n’est arrivé. Je suis la seule à me souvenir que ce jour-là, trente-et-une personnes sont mortes dans l’explosion de l’aile ouest du Tribunal. Je suis la seule au courant.

Quand le temps s’est remis en marche, le gardien qui parlait avec moi a baissé tranquillement les yeux sur ses papiers un instant, alors qu’un prisonnier qui avait reçu la peine capitale sortait du procès, bien entouré de gardes, et qu’un homme assez maigrichon se levait pour aller en contresens de l’autre. Le gardien eut le temps de relever la tête, et de me demander pourquoi soudain, j’avais une brûlure épouvantable au bras. Je me tournais déjà vers l’homme en hurlant « Attention ! Il a une bombe ! ». Dans ces cas-là, les gens ne se demandent pas s’il s’agit d’une farce ou de la vérité, l’essentiel est d’écarter toute menace le plus vite possible. Il fut arrêté avant d’avoir pu la déclencher, trois armes pointées sur sa tête. Je fus félicitée, soignée de ma blessure que je refusais d’expliquer, et gagnais le double des clés de la maison du juge. Quand il sortit de l’hôpital, Justin ne comprit pas pourquoi il partait dans un autre appartement avec ma mère. Moi, je restais avec mon père. Les violents ensembles. Mais voilà…

Le temps est une invention de l’Homme. S’il n’était pas, le temps n’aurait pas lieu d’être. C’est comme ça que je suis devenue Jazz Soen, la manipulatrice des heures.


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Azzurra
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MessageSujet: .   Mar 13 Mai - 21:04

Le jeune garçon fut projeté contre les casiers avec un gémissement de douleur alors que tous les élèves dans le couloir éclataient de rire. Il releva la tête, écartant brièvement sa frange blonde qui le gênait. Les trois gars de troisième qui l’avaient poussé l’entouraient, un sourire mesquin aux lèvres. Il essaya de glisser doucement la main jusqu’à son sac, tombé plus loin, mais l’un d’entre eux la lui écrasa violemment avait qu’il ait pu l’atteindre. Il grimaça de douleur, mais pas un son ne sortit de sa bouche. La foule se resserra autour d’eux dans un bruissement excité.
- Tu cris pas facilement, hein, morveux, ricana le plus grand des garçons. T’es coriace, mine de rien ! On dirait pas, avec tes cheveux blonds et tes yeux bleus ! Une vraie poupée de porcelaine !
Les élèves rigolèrent alors que l’adolescent retirait sa main, pleine de sang. Ils lui avaient carrément déchiré la peau. Il se redressa tant bien que mal, essuyant négligemment le sang sur sa veste en jean, avant de répondre.
- Ma sœur me frappait bien plus fort que ça.
L’autre lui jeta un regard noir avant de lui envoyer un coup de pied dans le ventre. Il l’accusa sans broncher.
- Et ta sœur ? Elle faisait plus mal que ça ?
- Nettement.
Il allait lui donner un autre coup quand une brunette de quatrième l’attrapa par le bras pour le tirer en arrière.
- Adam, arrête, s’exclama-t-elle. C’est pas à toi de décider avec qui je peux parler !
- La ferme, Maya, répliqua Adam en se dégageant pour la pousser ensuite. Il faut bien lui faire comprendre qu’il n’a pas le droit de t’adresser la parole, et encore moins te demander de faire un projet avec lui ! Faut remettre les nazes à leur place !
- Et la tienne, elle est en colle, cassa l’autre en s’appuyant sur les casiers, essayant de se redresser.
Il savait qu’il ne devait pas le provoquer, il avait beau être très grand pour son âge, il n’en était pas moins aussi épais qu’un bâton d’allumette. Un grand échalas sur échasses, dont le visage était encore trop enfantin. Quand il était petit, les gens disaient souvent que lui et sa sœur se ressemblaient beaucoup. Maintenant qu’elle était en seconde, dans il ne savait quel lycée, il se demandait bien si elle aussi souffrait de telles disproportions. Adam lui donna un coup violent dans l’avant-bras, appuyé sur le sol, qui l’aidait à se relever, il retomba à nouveau sous les rires des autres collégiens. Sa main droite lui faisait trop mal pour qu’il puisse s’en servir, et il venait de se faire bousiller le bras gauche. Allongé sur le dos, le souffle court, celui-ci se coupa totalement quand il vit le pied d’Adam près à s’abattre sur sa figure. Il ferma les yeux, attendant le coup. Qui ne vint pas. Il n’entendait plus rien autour de lui, alors, il rouvrit les yeux. Il vit le pied d’Adam à à peine une dizaine de centimètres de sa tête. Il sursauta, la respiration saccadée, avant de se rendre compte qu’Adam avait suspendu son geste, il semblait… figé. Fronçant les sourcils, le garçon tourna la tête sur le côté pour voir que la totalité des élèves avait tout bonnement arrêté de bouger, et de respirer par la même occasion.
- Qu’est-ce que, marmonna-t-il.
Il roula sur le côté, s’éloignant ostensiblement du pied d’Adam. Et se redressa difficilement, appuyant son épaule contre le mur. Maya aussi ne bougeait plus non plus, elle était immobilisée alors qu’elle était en train de se relever, Adam l’ayant faite tomber en la poussant.
- Merde, fit l’autre en faisant un tour sur lui-même. Merde ! Merde !
Il se mordit la lèvre inférieure, tentant désespérément de savoir ce qui se passait. Plus personne ne bougeait à par lui.
- Bon, souffla-t-il, soit je fais un cauchemar, soit un grand méchant a tout figé pour venir me ratatiner pour une raison que j’ignore totalement, soit… c’est moi qui ai fait ça. Merde… Bougez ! Allez, bougez !
Mais les élèves n’étaient toujours pas délivrés de leur inertie complète. Affolé, l’adolescent attrapa son sac de sa main encore valide, et y prit son portable.
- Maman, Maman, Maman, répéta-t-il en cherchant le numéro de sa mère dans le répertoire.
Il stoppa net en voyant le nom de sa sœur, avant celui de sa mère.
- Non, pas Maman, fit-il en sélectionnant le numéro de sa sœur, elle va me tuer.
Trois sonneries se firent entendre avant qu’une voix ennuyée décroche.
- Allô, Jazz, s’exclama-t-il avant que l’autre ait pu dire quoi que ce soit. C’est Justin ! Je crois que… je crois que j’ai fait une connerie.


C’est comme ça que je revis Justin, cinq ans après le divorce de nos parents. Nous ne nous étions pas recroisés entre temps. Et ce n’était pas pour me manquer. J’avais alors quinze ans. Il en avait treize. Je vivais maintenant dans un appart miteux avec mon père, qui avait retrouvé un travail dans un magasin de photo. Il aimait bien la photo, il s’en sortait bien. Il avait arrêté de boire, c’était déjà une bonne chose. De toute façon, à la maison, c’est moi qui menais la danse, puisque c’était moi qui faisais la cuisine, mon vieux était à ma merci. Son boulot lui prenait pas mal de temps, donc quand il n’était pas là, je prenais le temps de m’entraîner à utiliser ce pouvoir, j’étais super forte ! Mes capacités ne se limitaient pas à arrêter le temps et revenir en arrière. Je pouvais l’accélérer, le ralentir, faire un bond en arrière ou en avant de plusieurs dizaines d’années, une fois, j’étais même arrivé dans les Caraïbes au dix-huitième siècle. Belle expérience que l’abordage d’un navire marchand en compagnie de pirates ! Et le fait que je m’en servais principalement à des fins personnelles n’était pas pour me poser un cas de conscience. Après tout, j’en avais jamais eu, pas besoin de commencer maintenant. J’avais aussi pris des cours de boxe, avec mon don naturel pour la bagarre, il ne m’avait pas été très difficile d’en comprendre les bases et de les appliquer. Je travaillais à mi-temps avec Tora, la fille du juge, dans son horlogerie, c’était vraiment un endroit magique. Elle était au courant de mes dons, et n’avait même pas trouvé ça anormal, quand je lui en avais parlé.

J’étais en cours d’histoire que je prenais soin d’accélérer, l’ennui me prenant vite à la gorge. La révolution française était probablement l’une des étapes de mes voyages dans lesquelles je m’étais le plus amusée. Mais racontée par cette prof, ça vous donnait surtout envie de finir comme ce cher gouverneur de la Bastille _ un abruti, soit dit en passant. Et, là, mon portable sonna. Immobilisant le reste de la classe, je le prenais et décrochais, étonnée de voir le numéro de Justin s’afficher. Ce nul ne m’avait même pas contactée pour les anniversaires, je lui avais par ailleurs bien rendue la pareille. « Allô, Jazz ! C’est Justin ! Je crois que… je crois que j’ai fais une connerie ».

Ah oui ! Pour en avoir fait une, il en avait fait une belle ! Il manquait plus que ça, mon frangin contrôlait aussi le temps ! Moi qui pensais en avoir le monopole, la première chose que j’ai ressenti quand il m’a dit ça, c’est que mon amour propre en prenait un coup. Pour une fois que j’avais quelque chose de plus que lui, fallait qu’il l’ait aussi ! Egoïste ? Moi ? Hum… un nombre incalculable de personnes me l’ont déjà sortie, celle-là. J’arrivais donc très vite au collège de mon frère, expédiant le cours de façon définitive. Faut dire qu’il était à trois rues du lycée, je savais même pas qu’il était dans ce collège ! Et après tout, j’en avais strictement rien à faire. Je le trouvais prostré dans un coin du couloir, la main droite en sang et le bras gauche pété… pourtant je ne me rappelais pas avoir prêté mon souffre-douleur à qui que ce soit… tout était figé, et un crétin qui devait environner la troisième avait le pied en l’air, près à écraser quelque chose qui ne se trouvait plus sous son pied.


Non contente d’être indisciplinée, mon quotient intellectuel frôlait la ionosphère, raison pour laquelle je n’avais pas été encore renvoyée du lycée. J’en déduisis donc très vite que c’était la tête de mon adorable petit frère qui se trouvait sous cette semelle il y a peu. Celui-ci, totalement paniqué, n’avait même pas remarqué que j’étais arrivée. Je préférais pas le lui dire avant de me remettre de mes émotions. Cet andouille me faisait une tête, maintenant ! Le jour où j’ai dit à Tora que j’avais la poisse, je pensais pas avoir autant raison ! Bon, il était toujours blond, un peu plus foncé peut-être, mais bon, ça… moi aussi j’avais bruni, y’en avait pas beaucoup qui osaient me dire que j’étais blonde. Vu ses yeux bleus et le temps qu’il faisait, ses iris devaient toujours pouvoir changer de couleur en fonction de la météo. Moi, ils le faisaient plus depuis que j’avais douze ans ! Bleu-gris, continuellement. D’un autre côté, lui, il ressemblait plus à rien, une espèce de carambar géant tout au plus. Treize ans, bientôt quatorze, et un mètre quatre-vingt ! Quelques années encore et il aurait presque du sex-appeal ! Moi, au moins, j’étais bien proportionnée. Très bien proportionnée, même, aux dires de mes ex. Je me décidais enfin à lui lancer mon paquet de clopes à la figure. Il sursauta en s’écrasant tout bonnement contre le mur… peur d’un méchant qui aurait tout figé pour venir le ratatiner pour une raison qu’il ignore totalement. Typique, ça me l’avait fait aussi, au début.


Dernière édition par Azzurra le Jeu 15 Mai - 14:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Jeu 15 Mai - 13:22

Justin, sentant qu’on lui lançait quelque chose dessus, se recula plus contre les casiers et releva vivement la tête. C’était une jeune fille d’une quinzaine d’année, à mi-chemin entre le blond et le châtain, qui lui avait lancé un paquet de cigarettes. Un visage magnifique, des yeux bleus acier, perçants, elle portait un pantalon treillis, kaki, et une camisole blanche par-dessus laquelle elle avait enfilé une veste de la même couleur que son bas. Elle avait les mains dans les poches, son sac noir pendant à son épaule gauche, et observait le gamin d’un air exaspéré.
- Jazz, finit par dire celui-ci.
- Tu t’attendais à voir qui, la Vierge, ricana sa grande sœur. Tu m’as appelé, non ? Je viens réparer tes bêtises !
Justin ne répondit pas et l’observa des pieds à la tête. Dans ses souvenirs, sa sœur était plate. Et elle n’avait pas les oreilles percées, encore moins d’un tel nombre de boucles, toutes dépareillées. Un pic transperçait aussi son arcade droite. Il fixa celui-ci d’un air tout bonnement choqué. Jazz lui indiqua le piercing.
- Cadeau de Papa, pour mes quatorze ans, expliqua-t-elle. J’espère que tu ne les as pas changés de place.
- Non, fit Justin en se redressant difficilement, le paquet de clopes dans sa main valide. Tu fumes ?
- De temps en temps, répondit Jazz avec un soupir, quand je suis avec les copines, j’ai jamais été accro, va pas t’imaginer des trucs. Bon, que l’on mette les choses au clair dès maintenant. Ce qui s’est passé, ici, dans ce couloir, à cet instant… ce n’est pas arrivé.
Justin fronça les sourcils.
- Tu as figé le temps, Justin, déclara sa sœur en reprenant ses clopes. Tu es ce que l’on appelle un manipulateur des heures.
- Attend, marmonna Justin d’un air perdu, comment tu sais ça ?
- C’est une inspiration que t’as eu, en m’appelant moi, et pas Maman ? Ce que tu as fait, frangin, je peux le faire, en mille fois mieux. Ça fait cinq ans que je pratique. Alors je vais prendre le monopole de ce temps, et nous ramener avant que l’autre con ne décide de s’en prendre à toi, pour une quelconque raison.
- Deux minutes, s’exclama son frère, tu veux rire ?! C’est quoi ce délire ?! Tu peux faire ça ?!
- Une fois, je suis même allée deux-cent ans en arrière, répliqua l’adolescente en s’avançant. Dis-toi que c’est réel, ce que tu vis, là, ce n’est pas un rêve, ni même un cauchemar, c’est la réalité pure et dure.
- Mais, coupa Justin, depuis quand…
- Pendant que tu étais à l’hôpital, dit l’aînée, c’était au Tribunal, le jour du dernier jugement. Tu sais que j’ai fait arrêter un mec avec une bombe ?
Justin acquiesça d’un air perplexe.
- Ben j’ai figé le temps au moment où l’explosion me brûlait le bras, expliqua Jazz en remontant les manches de sa veste, et je suis revenue en arrière. Cette cicatrice inexplicable, elle vient de là.
Son frère observa la cicatrice qui ornait le poignet de sa sœur, il avait entendu dire par sa mère qu’elle avait été brûlée au second degré sans qu’on sache comment, il ne l’avait jamais cru.
- Les plaies que l’on se fait ne disparaissent pas, même si l’on remonte le temps, ajouta Jazz. Ecoute, on fait ça maintenant, parce que mon temps n’est pas arrêté, je suis en train de sécher un cours. Je t’expliquerais tout plus tard. Pour l’instant, ne fais pas ce qui a mis l’autre abruti en colère, et surtout, ne dis pas pourquoi tu es blessé.


Avant qu’il ait eu le temps d’ajouter autre chose, j’avais remonté le temps avant l’incident, et mon petit frère, complètement perdu, s’appuyait contre son casier en essayant tant bien que mal de reprendre sa respiration, tenant distraitement sa main blessée. Le gusse de troisième et ses acolytes, qui l’avaient attaqué, étaient en face, à leur propre casier. Justin regardait autour de lui d’un air déboussolé, je m’amusais beaucoup de le voir ainsi. Je préférais rester pour mettre les choses au point. JE suis surdouée, pas mon frère, il ferait forcément ce qu’il fallait pour se remettre dans le même pétrin.

Une jolie gamine de son âge arriva et ouvrit le casier à côté du sien. Justin lui jeta un regard troublé et je compris le pourquoi de l’histoire. Adresser la parole à la meuf d’un autre était vraiment la dernière chose à faire, mon frangin était décidément un crétin pas fini. Je ne comptais moi-même plus le nombre de binoclards décérébrés qui s’étaient retrouvés pendus au drapeau de l’école par le caleçon car mes mecs trouvaient qu’ils m’avaient approchée de trop près. La petite se tourna vers lui. « Salut, Justin ! Ça va ? ». En fait, c’est elle qui l’enfonçait, elle devait pas avoir l’habitude de jouer de son statut, cette môme… encore une femme fatale de perdue ! « Euh… salut, Maya… ». Jusqu’alors, je n’avais jamais félicité mon frère pour son tact. Maintenant, j’en étais sûre, ça n’arriverait pas de sitôt ! « Mon dieu ! Mais comment tu t’es blessé ?! Justin ! Viens, je t’emmène à l’infirmerie ! ». Une bonne samaritaine ?

Pas comme le mec qui avait des vues sur elle, en tout cas. Il regardait déjà mon frangin d’un air mauvais. Moi, je me contentais de l’observer avec un sourire en coin, me fichant pas mal des élèves qui me regardaient d’un air étrange. Fallait dire que je détonnais un max dans le décor ! Une junkie dans un lycée de bourges, j’étais folle et fière de l’être ! J’attendis qu’il commence à prendre la direction dans laquelle cette nouille de Justin s’était laissé traîner, avec ses deux potes, pour aller à sa rencontre. Lui tapotant sur l’épaule, il se retourna et je ne dis rien quand il me détailla de la tête au pied. Limite, il bavait par terre, c’était un nul parmi tant d’autres, après tout. « Qu’est-ce que tu me veux ? T’es qui ? ». Je ricanais intérieurement et me décidais enfin à répondre.



Jazz remit doucement l’une de ses mèches blondes derrière son oreille percée, faisant habilement tenter la créole noire qui la décorait, avant d’esquisser un sourire timide. Ça y était, le mec croyait à une fan.
- En fait, hésita-t-elle, je suis du lycée d’à côté, je sais que je devrais pas être ici, surtout que j’ai séché les cours…
Elle prit une mine coupable avant de continuer.
- Mais… il fallait absolument que je te demande un truc.
L’autre péquenot sourit.
- Et c’est quoi ?
- Eh bien… je suis Jazz Soen, et…
A peine avait-il eu le temps de faire le rapprochement avec Justin Soen qu’il était étalé par terre, le bras courbé par les soins de Jazz dans un angle pour le moins étrange.
- J’aimerais vraiment que tu évites de martyriser mon petit frère, finit Jazz avec un sourire carnassier en tordant sans difficulté le poignet qu’elle ne tenait que d’une main, c’est mon pushing-ball personnel. Il n’a jamais été question pour moi de le prêter à qui que ce soit, aussi, si jamais je devais revoir ne serait-ce qu’un bleu sur le bout de son ongle, je me verrais dans l’obligation de faire gicler de l’hémoglobine, et crois-moi…
Elle se pencha sur son oreille, prenant soin à bien écraser son dos à l’aide de ses boots.
- La mort par exsanguination est particulièrement douloureuse, susurra-t-elle, je ne suis pas du genre à butter mes proies avec de la tétrodotoxine. L’emploie d’un athamée est tellement plus jouissif…
- Tétrodo-quoi, fit l’autre en grimaçant de douleur.
- Hum… c’est normal que tu ne comprennes pas ce que je te raconte, ricana Jazz en le lâchant enfin pour le retourner sur le dos d’un coup de pied. C’est parce que je suis très intelligente. Promet que jamais plus tu ne toucheras à un seul cheveu de mon petit frère.
- C’est bon ! J’promets, mais laisse-moi tranquille !
Jazz eu un sourire méprisable.
- Tu sais, gamin, si tu veux véritablement que je te foute la paix, il n’en tient qu’à toi de tenir ta promesse. Même si c’est pas toi qui bousilles le frangin, c’est ta tronche, et seulement la tienne, que je bousillerais. Si tu ne veux pas avoir à subir une opération chirurgicale pour déformation de faciès, je te conseille vivement d’appliquer ce que je viens de te dire à la lettre.


Environ une semaine plus tard, alors que je tentais désespérément d’apprendre à Justin les rudiments de la manipulation de temps, ce qui n’était pas tâche facile vu le cancre qu’il était, il m’apprit que Maya lui avait proposé à l’infirmerie de faire leur projet de sciences naturelles avec elle, et que le bruit courrait dans toute l’école qu’il avait une sœur surdouée active dans le réseau terroriste, que tous les fédéraux rêvaient de coincer. J’en ai bien ri… ce qu’on ne savait pas à l’époque, c’est que quelques dizaines d’années plus tard, ce serait vrai !
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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Dim 18 Mai - 21:34

Jazz posa le carton remplis de montres sur le comptoir en soupirant. Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour qu’une horlogerie tienne la route ? Elle essuya distraitement la sueur qui perlait sur son front avant de se tourner vers la jeune femme, magnifique, qui arrivait de l’arrière-boutique, le nez dans des feuilles pleines de chiffres, à donner la migraine.
- Tu crois que c’est bon, là, demanda-t-elle.
- Il faut encore placer les produits sur les étagères, remarqua Tora en s’appuyant sur la surface de verre pour faire les comptes.
- Oh, c’est bon ! L’autre guignol aura qu’à le faire, il a roupillé toute l’après-midi dans l’arrière boutique.
- Il réparait une montre, calma Tora, mais il va t’aider, il a fini.
- Tu parles, marmonna Jazz d’un air blasé en s’appuyant d’un bras sur le comptoir, l’autre poing sur la hanche, il va faire genre qu’il y a un autre problème pour me laisser ranger toute seule, cette feignasse ! Déjà qu’au bahut, il fait semblant de pas comprendre pour envoyer des textos à ses potes ! La vérité, c’est que c’est qu’un glandeur !
- Chi a belle posta alterca, la verita non cerca, susurra une voix envoûtante à son oreille.
Jazz sursauta en se retournant brusquement, se planquant contre le comptoir. Elle observa d’un air septique le beau gosse de dix-sept ans qui se tenait devant elle, ricanant les bras croisés. Les cheveux sombres, tombant sous ses oreilles percées, il avait de beaux yeux noirs et trop d’abdos parfaits pour avoir quelque chose dans la cervelle.
- Nan mais tu te fiches de moi, se récria enfin Jazz. Ne cherche pas la vérité, ne cherche pas la vérité, mes fesses, ouais ! J’ai pas besoin de la chercher, je la connais ! Et ça, mon vieux, c’est parce que contrairement à toi, je suis très intelligente !
- Pourquoi, interrogea Tora en fronçant les sourcils, qu’est-ce qu’il a dit ?


Ce qu’il avait dit ? Simple. Qui dispute par plaisir, ne cherche pas la vérité. Mais la vérité était là, Orlando Dall’Ava était un glandeur. Ce beau mec italien était arrivé dans ma classe en début d’année dernière, il avait comme moi dix-sept ans. J’avais déjà dû le supporter à côté de moi dans chaque cours pendant les trois trimestres de première, il fallait que je me le retape en terminale, alors que ce crétin de Justin avait trouvé le moyen d’entrer en seconde dans mon lycée, en cachant à Maman le fait que je m’y trouvais _ d’un autre côté, ça n’avait pas été bien dur, son très cher nouveau mari n’avait rien trouvé de mieux que de lui faire un gosse ! Elle était enceinte de trois mois, au grand dam de mon petit frère qui ne supportait pas son beau-père. C’était d’ailleurs la raison principale pour laquelle il allait dormir le plus souvent sur le canapé d’Orlando, qui se trouvait dans la chambre de celui-ci ! Petit problème, la chambre d’Orlando, c’était la chambre d’amis de la maison de mon père parce qu’Orlando ne pouvait pas saquer sa famille d’accueil ! J’avais donc deux dom juan qui squattaient ma baraque, et je ne pouvais rien dire, car mon vieux était content de voir Justin, et Orlando était officiellement devenu son futur beau-fils. Tsu ! Dans ses rêves, oui, jamais je sortirais avec un abruti pareil.

Orlando était un élève étranger qui venait tout droit de Naples pour apprendre la langue, qu’il avait appris à maîtriser en trois mois seulement. Pourquoi ? Il était surdoué, comme moi. De plus, à son contact, en trois mois, j’avais appris l’italien, très pratique ! Surtout quand on est allés à Rome l’année dernière, pour visiter le colisée ! Enfin, c’est ce qu’on pensait, mais on avait zappé qu’à l’époque, ils parlaient latin, pas très grave, on savait faire aussi. La seule différence avec des touristes normaux, c’est qu’eux, ils avaient pas les gladiateurs et Jules César en chair et en os ! C’était tellement pratique, les voyages dans le temps ! Parce que, comme je l’avais découvert peu de temps après son arrivée dans ma classe, Orlando manipulait les heures. On s’était « trouvés », je dirais, durant un contrôle de physique, le prof ne me supportait pas et me donnait toujours des sujets sur lesquels nous n’avions pas travaillé. J’étais intelligente, donc je pouvais répondre facilement, mais il arrivait parfois à me poser des colles. Dans ces cas-là, ni une, ni deux, je figeais la classe et cherchais les réponses dans son cartable. Eh bien, un jour où je m’adonnais à cette pratique amusante au possible, je n’ai pas pu figer Orlando. Pour la très simple et très bonne raison que l’on ne peut pas avoir une quelconque prise sur un autre manipulateur des heures.

Orlando avait appris qu’il avait ce don quand son grand frère, Luigi, avait immobilisé sa famille entière lors d’un repas qui tournait au drame, ce qui était monnaie courante dans une famille de bourges comme la sienne. Je n’avais jamais rencontré Luigi, je lui avais seulement parlé au téléphone, après tout, quand son frangin était sous la douche, c’était moi qui décrochait, je passais plus de temps dans sa chambre que dans la mienne puisque Papa lui avait mis l’ordi, la connexion internet y passant mieux que dans la mienne, mais c’était lui qui avait entraîné Orlando, visiblement surdoué dès le début puisqu’il avait maîtrisé ses pouvoirs en deux mois seulement…

J’aurais aimé en dire autant de Justin, mais c’était peine perdue. Depuis qu’il s’était découvert ce don, il s’en servait pour draguer les filles. Il se prenait un râteau ? Rien de plus simple, il remontait le temps et tentait une autre approche ! Mais ses pouvoirs avaient parfois des ratés, on savait toujours pas pourquoi. On avait même demandé à Luigi s’il en avait eu, eh bah non ! Tout ne se défigeait pas sans qu’il ne dise rien, et le temps ne se ralentissait pas quand il voulait l’accélérer ! Fallait se faire à l’idée, mon frangin était un boulet, et le resterait toujours !



Il faisait sombre, la nuit était froide, glaçant le fer de l’échelle de secours, humide. Il avait beaucoup plu, et une légère bruine tombait encore, faisant déraper la jeune fille sur les barres, alors qu’elle descendait précipitamment de l’immeuble, un air affolé tordant son visage matte et dilatant les pupilles de ses yeux sombres. Elle arriva enfin en bas de l’échelle et se dépêcha de courir jusqu’au bout de la sombre ruelle. Elle tourna dans plusieurs petites rues, tentant désespérément de faire abstraction des bruits de coups de feu derrière elle. Les poubelles se renversaient. Ils étaient là, c’était évident. Ils étaient tout près, elle pouvait sentir leur présence pesante tout autour d’elle. Dans sa course, elle dérapa sur l’une des nombreuses flaques d’huiles qui jonchaient le sol, près des voitures garées dans les impasses. Elle tomba et se foula la cheville.
- Mierda !
Elle se releva péniblement et reprit sa course, faisant fi de la douleur lancinante qui la saisissait jusqu’au mollet. Une sorte de vague sombre, lourde, traversa soudain tout le périmètre. La première image qui lui vint en tête fut les cercles dans un verre d’eau, qui partaient du centre pour aller cogner sur les parois. Elle frissonna et accéléra au mieux sa course, en proie à une panique grandissante. Ils approchaient. Un pan de mur explosa derrière elle.
Poussant un gémissement horrifié, elle s’engouffra rapidement entre deux bâtiments, en espérant déboucher sur l’avenue, où quelqu’un serait susceptible de l’aider. L’espace était tellement réduit qu’elle avait à peine la place pour passer. Elle les entendait derrière elle, jurer et proférer des menaces qu’elle ne comprenait et ne voulait pas comprendre. Elle sortit enfin de l’étroit passage et stoppa net. Un nombre impressionnant d’hommes en costume noir l’encerclait, pointant vers elle un revolver auquel ils avaient enlevé la sécurité. Le cri d’effroi resta bloqué dans la gorge de la jeune fille. Elle recula lentement jusqu’au mur, plaquée contre celui-ci. Revenir dans le passage signerait son arrêt de mort : ils ouvriraient le feu. Elle sortit lentement un papier de la poche arrière de son jean, faisant tinter le bracelet de turquoise auquel pendait un petit bonhomme esquissé jouant de la flûte, en onyx. Elle le glissa dans une fente du mur, derrière son dos. Personne ne l’avait vu faire.
Elle les vit appuyer doucement le doigt sur la gâchette, laissant les larmes couler abondamment sur ses joues. Elle hurla.
- HIJOS DE PUTA !!!!!!!!!!
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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Dim 18 Mai - 21:41

Je comptais doucement les secondes dans ma tête en levant les yeux au ciel. Je n’avais pas cette position, j’étais appuyée sur les casiers, ce qui s’avérait assez désagréable, et les bras d’Orlando, de part et d’autre de ma tête, m’empêchaient de voir s’il y avait quelqu’un, tandis que son corps faisait pression sur le mien. Le nombre de seconde durant lesquelles sa langue explorerait ma cavité buccale équivaudrait le nombre de coups que j’aurais le plaisir de lui donner. J’entendis une porte claquer brutalement et je n’eu pas à pousser cet andouille pour qu’il se pousse brusquement. Tsu ! Non mais j’avais pas la peste !

Il s’essuya doucement la bouche du pouce alors que je frottais la sensation de pression sur mes lèvres, prête à les faire saigner s’il le fallait pour qu’elle disparaisse. « Ils sont partis », me dit-il. « Pas trop tôt », soupirai-je en me retournant vers mon casier pour enfin prendre mes affaires de cours. Justin devait y être, lui, à l’heure actuelle. Je ne supportais pas ces groupies qui poursuivaient Orlando partout. Elles m’irritaient, c’était plus fort que moi ! Des niaises comme j’en avais jamais vu, « et il est beau » « et il est intelligent » « et il est troooop sexy ! ». Ma parole ! C’était pas leur cas, à elles !

Je n’avais aucune raison de m’énerver, pourtant. Mais à chaque fois que je les voyais, j’avais envie de leur coller mon poing dans la figure ! Il fallait dire, j’étais constamment fourrée avec cet abruti d’Orlando, surtout qu’il squattait ma case. Du coup, j’avais toujours ces idiotes sur le dos ! Et quand mon petit frère venait manger avec nous, je devais me taper les siennes, de fans ! Je me doutais qu’il deviendrait un beau mec. Mais certainement pas un apollon d’un mètre quatre-vingt quinze ! A quinze ans ! Ce gosse était dénaturé.

D’un autre côté, quelque chose énervait aussi les garçons : mes propres soupirants. Des mecs timides pas fichus de faire autre chose que de m’admirer à longueur de journée pour prouver leur amour ! Ça faisait limite harceleur, souvent, ils me foutaient les foies ! Suffisait que je passe devant eux pour entendre leurs soupirs désespérés, genre l’amoureux éconduit. Je vois pas comment, puisqu’ils ne m’avaient jamais adressé la parole. Bon, y’en avait des plus intelligents, quand même, ou tout du moins des plus fonceurs, ceux-là, je sortais avec deux semaines à peu près, puis je les laissais tomber. C’est le désavantage avec les QI moyens, ils n’avaient aucune endurance.

Orlando n’était pas comme ça, c’était un QI supérieur, après tout. L’endurance, il connaissait, c’était ses donzelles qui finissaient à moitié mortes sur leur table de cours, quand elles sortaient avec. C’est pourquoi on avait mis une tactique au point : le « désole-je-suis-pas-disponible-on-sors-ensembles ». Technique qui avait fait ses preuves depuis l’année dernière. Ça avait choqué Justin, à un moment, mais quand il s’était lui-même retrouvé avec un casier tellement rempli de lettres d’amour parfumées d’une odieuse exhalaison citronnée, il avait compris. C’est dur, d’être parfait !



Jazz poussa un profond soupir en laissant à nouveau tomber sa tête sur la cuisse d’Orlando qui leva les yeux au ciel en lui piquant une frite. Justin leva un sourcil perplexe en passant négligemment sa main dans ses cheveux, faisant glousser les lycéennes qui les épiaient, mal cachées derrière les arbres. Sa sœur, toujours allongée sur le muret, lui donna un coup de pied dans l’épaule. Heureusement, pensa Justin, qu’elle avait enlevé ses chaussures. Pas qu’il avait peur qu’elle lui fasse mal, cela faisait quinze longues années qui la connaissait, il avait passé en tout dix années près d’elle, il était devenu sourd à la douleur depuis longtemps, mais il n’aurait pas aimé qu’elle laisse une trace de semelle sur son tout nouveau polo Diesel.
- Arrête de faire ça, soupira-t-elle en passant une main fatiguée sur son front en sueur. Tu les excites encore plus.
- Ça va pas, demanda Orlando en laissant courir distraitement ses doigts sur la peau de la jeune fille pour écarter les mèches qui la gênaient.
Elle soupira pour la troisième.
- Je crois que j’ai perdu de mon autorité naturelle, avoua-t-elle d’un air inquiet. Il ne suffit plus que je tape du pied pour qu’elles s’en aillent. J’ai épuisé toutes mes réserves d’insultes possibles ! Et je ne peux même pas m’en prendre à ces gourdes dans une langue différente ! Ce sont des QI moyens, c’est à peine si elles connaissent les bases de l’anglais ! Si encore c’était des QI supérieurs, qui vous couraient après !
- Aucune chance, remarqua pertinemment Orlando en lui piquant à nouveau une frite, je te rappelle que la femme est reine. Elle mène la danse. Que des QI moyens nous courent après, c’est normal, nous ne sommes pas de la même caste, mais des filles de notre niveau, c’est nous qui les prendrions en chasse, pas l’inverse !
- De toute façon, marmonna Justin en prenant une bouchée de son sandwich, je ne pourrais jamais courir après un QI quelconque, moi. Avec mon abruti de beau-père chef de la police, c’est limite s’il me met pas sous surveillance. Il veut que je l’appelle Papa, je sais pas si vous vous rendez compte !
Sa sœur ricana en claquant négligemment la main d’Orlando qui tentait à nouveau de lui prendre une frite.
- Il sait que j’existe, demanda-t-elle.
- Aucune idée, soupira son frère, je te rappelle qu’à la maison, t’es un sujet tabou. Ça m’énerve, faut que je passe à la maison, ce soir, ils ont l’échographie pour savoir si le bébé est une fille ou un garçon, ils vont faire une fête avec les collègues de travail de Serge, il faut absolument que le futur grand frère soit là quand ils l’annonceront. Je suis sûr qu’ils en profiteront pour m’obliger à rester dormir.
- Ah tu peux pas, hein, s’exclama Jazz en se relevant, ce soir, j’te rappelle que Papa fait la soirée barbecue avec tous les mecs du magasin de photo, t’avais dit que tu venais !
- Même Tora sera là, ajouta Orlando.
- Ben tu pourrais venir avec moi, proposa Justin à Orlando, si je suis avec un copain, ils risquent pas de me retenir.
- Ok, pas de problème, approuva Orlando en haussant les épaules.
- Nan mais vous me lâchez pas pour faire cuire la viande, hein, intervint Jazz, vous y passez pas trois heures !
- Mais que ferais-tu sans moi pendant trois longues heures, ricana Orlando, tu serais perdue !
- Outre le fait que trois heures pour moi pourraient être trois secondes, cassa Jazz en lui pinçant la cuisse, si c’était trois heures sans toi, je les transformerais en trois éternités !
- Que de vilains mots, déplora Orlando d’un air chagriné, sur ces lèvres que je rêve de cueillir…
Jazz poussa un cri en s’écartant de l’italien alors que son frère éclatait de rire. Orlando en profita pour lui piquer ses frites. Jazz s’en rendit compte et courut après le jeune homme qui s’enfuit en riant, tournant dans la cour, alors que Justin se tenait les côtes tellement il avait mal à force de rire, et que les admiratrices d’Orlando bouillaient de jalousie. Au moment où Jazz sautait sur Orlando, entourant ses jambes autour de sa taille pour attraper la barquette que l’italien tenait à bout de bras, dont la moitié du contenu tomba par terre, ils arrêtèrent de se chamailler, la jeune fille s’appuyant sur les épaules de l’autre pour ne pas tomber. Justin avait cessé de rire et regardait autour de lui d’un air perplexe. Orlando passa machinalement son bras sous les fesses de Jazz et lui jeta un regard entendu qu’elle lui rendit.
- Tu as senti où c’est moi, demanda-t-elle.
Il grimaça alors que Justin accourait vers eux.
- J’ai eu l’impression que l’air vibrait, déclara-t-il, c’était très… désagréable… euh…
- Révulsant, proposa Orlando, en frissonnant au simple fait d’y repenser.
Il posa enfin Jazz par terre alors que Justin acquiesçait. Le phénomène se reproduisit. L’air sembla s’aspirer lui-même avant d’être relâché en puissantes vagues qui déferlèrent sur les trois jeunes gens, leur arrachant un frisson dégoûté.
- C’est immonde, s’écria Jazz en se grattant nerveusement la peau du bras.
Orlando regarda autour d’eux en se mordant la lèvre inférieure.
- Visiblement, remarqua-t-il, on les seuls à l’avoir senti.


Je n’aimais pas du tout cette sensation. C’était un peu comme une peau visqueuse qui se collerait sur la mienne, le genre d’impression qui vous arrachait un tremblement incontrôlable avant de vous plonger dans une angoisse prenante au moins jusqu’au soir. Et maintenant que j’étais devant cette chose infernale qui refusait catégoriquement de marcher, l’angoisse s’était transformée en énervement qui, devant tant de mauvaise foi, allait croissant. « Papa !! Il marche pas ton barbecue !!! ». Troisième fois que je lui demande. « Orlando sait le faire marcher, lui ! ». Troisième fois qu’il me répond ça. « MAIS IL EST PAS LA !!!!!! ». Troisième fois que je le lui fais remarquer. « Et je peux savoir où il est passé ? ».

Ah… première fois, ça, par contre. « Il a accompagné Justin chez lui pour savoir si le bébé que ton ex va avoir avec un flic est une fille ou un garçon. Ah ! Au fait ! Elle s’est remariée et elle est enceinte, mais lui dit pas que je te l’ai dit, je suis pas censée être au courant ! »
« Qu’est-ce que t’as dit ? Je t’entends pas, du garage ! » Si t’arrêtais ta putain de scie électrique, aussi !
« Il a trouvé des bombes sur le chemin, et avec Justin, ils ont fait le pari de celui qui arriverait à avoir le plus de numéros en un rien de temps ! »
« Ah ! Ok ! » Qu’est-ce que je pouvais être lâche, quand il s’agissait de mon bonheur personnel ! Enfin, c’est pas comme si je trouvais que c’était un défaut !
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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Sam 31 Mai - 23:38

Justin rata une fois de plus la serrure, et Orlando soupira en lui prenant la clé des mains. Ils se trouvaient devant l’entrée de la grande maison dans laquelle la famille de Justin avait emménagé depuis peu, en vue de la venue du bébé. Mais Justin n’aimait pas cette baraque, pas plus qu’il aimait le mec qu’il y avait dedans.
- Arrête de faire semblant de pas pouvoir entrer la clé dans la serrure, s’exaspéra Orlando en ouvrant la porte à sa place.
- Mais je les entends d’ici, pleurnicha Justin en s’accrochant au bras d’Orlando pour le tirer en arrière, écoute-les parler fort, comme ça ! C’est insupportable ! Je veux pas voir ce nul !!!!!
- Trop tard, Edouard, cassa Orlando en ouvrant la porte et en poussant Justin à l’intérieur.
L’entrée donnait directement sur la salle à manger, la mère de Justin, son mari et les amis de celui-ci furent donc très étonnés de voir Justin entrer en titubant avant de s’étaler de tout son long sur le sol, comme poussé par quelqu’un, et encore plus de voir un beau jeune homme le suivre tranquillement, les mains dans les poches. L’étranger fit un grand sourire à l’assemblée, alors que Justin se relevait péniblement.
- Tu en as mis, du temps, remarqua sa mère, assise sur les genoux de son mari, qui est ce jeune homme, Justin ?
- Je suis Orlando Dall’Ava, répondit le jeune homme en question, je suis un ami de votre fils.
- Oh, et bien, enchantée, répondit la mère de Justin avec un sourire. Je suis contente de voir qu’il a des amis ! Il ne me parle jamais du lycée, je ne sais même pas avec qui il traîne !
- Tu m’étonnes, marmonna Orlando en jetant un regard en biais à Justin qui grimaça.
- Orlando, c’est italien, ça, non, remarqua son beau-père en tournant la tête vers le jeune homme.
- Je suis italien, répondit celui-ci avec un sourire. Je vis à Naples, mais je suis ici pour un séjour linguistique depuis l’année dernière.
- Eh bien, on ne dirait pas, vous n’avez aucun accent, s’exclama la mère des Soen.
- Orlando est un QI supérieur, expliqua Justin avec un soupir.
- Un QI supérieur, répéta l’un des amis de Serge en fronçant les sourcils.
- Euh, hésita Orlando, c’est une façon de dire que je suis surdoué. Enfin… d’après les psys.
- Oui, bon, coupa Justin en s’avançant, qu’on se dépêche. On va à une fête, après ! Et… mais c’est quoi, ces horreurs ?!
Orlando fronça les sourcils en s’approchant à son tour pour voir, posées sur la table, entre les divers apéritifs, des photos montrant le corps d’une jeune fille, à la peau matte, criblé de balles, affalé contre un vieux mur, à côté d’une poubelle.
- Oh, fit Serge en cachant rapidement les photos de la vue des deux adolescents, une sale histoire. On a retrouvé cette pauvre gosse dans une ruelle qui donnait sur l’avenue. Elle y a d’ailleurs été tuée, puis traînée dans la ruelle. Ça fait trois jours qu’on cherche, on a toujours rien trouvé, pourtant, rien n’a été fait pour cacher les preuves. Mais bon, ce n’est pas quelque chose dont des enfants ont à se préoccuper…
Avant qu’il n’ait eu le temps de ranger les photos, Orlando les avait en main et les observait attentivement, pas plus révulsé que ça par le spectacle qu’elles affichaient. Serge regarda ses mains vides d’un air ahuri avant de porter un regard étonné sur le jeune homme, alors que Justin ricanait. Orlando était bien un QI supérieur, comme sa sœur, il n’avait même pas besoin de se concentrer pour utiliser ses pouvoirs. Et il connaissait toutes les tactiques pour gagner de l’énergie. Plutôt que de ralentir le temps de plusieurs personnes, il accélérait le sien, ce qui lui donnait une vitesse incroyable. Justin avait encore du mal avec cette technique qu’il n’apprenait que depuis trois mois.
- Comment il a fait ça, s’exclama un autre policier.
Orlando et Justin ignorèrent la remarque, et l’italien indiqua le bracelet au poignet de la victime.
- L’onyx à son bracelet représente Kokopelli, déclara-t-il. Cette fille était probablement une Zuni.
- Tu connais ce truc, s’étonna Serge en se levant pour regarder, après que sa femme se soit levée.
- Kokopelli est le dieu du maïs, entre autres, dans la mythologie aztèque, expliqua Orlando avec le plus grand sérieux. Il est toujours représenté avec une flûte, comme ça. Il était adulé par les Anasazis, un peuple qui vivait, il y a quelques siècles dans le canyon de Chelly, mais ils ont émigré pour une raison qui reste encore à déterminer. Maintenant, ce sont les Navajos, eux aussi croyant en Kokopelli, qui habitent le canyon. Mais les Anasazis ont des descendants, les Zunis, qui le révèrent toujours. La victime devait en être une. Elle parlait espagnol, normalement. Elle était poursuivie, visiblement, le sang est trop clair, il a dû se mélanger à sa sueur. Elle faisait beaucoup de sport, si on regarde ses biceps et ses triceps, ils sont très développés. Soit du tennis, soit de la natation, il faudrait que vous regardiez dans les clubs alentours s’ils n’ont pas une fille correspondant à cette description qui n’aurait plus donné signe de vie depuis quelques temps. Elle a la cheville droite foulée, mais bon, là, je suppose que je ne vous apprends rien, à ce niveau.
- C’est… impressionnant, déclara Serge alors qu’Orlando lui rendait les photos, tu es vraiment surdoué.
- Je n’ai aucun mérite, répondit modestement Orlando, je suis des cours de civilisation à la fac, en dehors du lycée, avec une amie. Notre professeur d’histoire nous y a obligés. Enfin, de toute façon, ce n’est pas comme si nous étions là pour ça, n’est-ce pas, Justinien ?
Justin lui jeta un regard noir.
- Tu vas pas t’y mettre aussi, s’exaspéra-t-il, y’en a assez d’une QI supérieur pour se foutre de ma tronche, pas besoin d’un deuxième !!
- Comme tu voudras…
- Merci !
- … Justinien.
Justin se tourna vers lui d’un air totalement blasé.
- J’abandonne, finit-il par lâcher, alors ? Fille ou garçon ?
Sa mère retrouva le sourire.
- C’est une fille, s’exclama-t-elle.
- Eh ben, la journée pouvait pas être pire, décréta Justin d’un ton catégorique.
- Allons, Justin, calma l’un des amis de Serge, ne dit pas ça, c’est super, d’avoir une sœur !
- Oui, enfin, tout est relatif, répliqua Justin. Bon, on y va !
- Quoi, s’exclama sa mère, tu ne restes pas pour la fête ?!
- Il y en a une beaucoup plus amusante qui m’attend chez Orlando, expliqua Justin avec un sourire en ouvrant la porte. Je ne rentrerais pas ce soir. Ni demain soir, d’ailleurs… ni après-demain. Enfin, je pense que je viendrais vous voir dimanche aprèm.
- On ne te voit plus, déplora sa mère alors que lui et Orlando sortaient.
- Je ne m’en porte que mieux, marmonna Justin en refermant la porte derrière lui.
Ils sortirent du jardin.
- Ils savent que tu t’occupes des fauves de la ville avec un vieux fou, demanda alors Orlando.
- T’es fou ! Ma mère est persuadée qu’avoir des voitures télécommandées à Noël, ça me fait plaisir, t’imagines ?! Alors, ça, elle piquerait sa crise !
- Ouais, l’angoisse.
- J’te l’fais pas dire ! Enfin, comme ça, tu sais à quoi ressemble celle qui a engendré l’un des QI les plus élevés de la planète ! Tu sais d’où vient Jazz Soen ! Bon, maintenant, passons aux choses sérieuses. Pourquoi tu t’es intéressé à cette affaire ?
L’italien soupira.
- La position des impacts de balle, lâcha-t-il enfin.
- Quoi, fit Justin d’un air perdu.
- Leur forme, expliqua Orlando avec un soupir, sur sa poitrine. Les trous formaient un sablier, qui est…
- Le symbole du temps, finit Justin en fronçant les sourcils.
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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Sam 7 Juin - 12:45

Ce qui est embêtant, quand le seul ordinateur de la maison se trouve dans la chambre de la dernière personne que vous avez envie de voir, et que vous avez absolument besoin de l’ordinateur, c’est que vous allez forcément voir cette personne. Par conséquent, elle va forcément vous tailler la bavette !

Jazz tourna la tête vers Orlando qui, allongé sur son lit, la fixait d’un air sévère. Elle soupira en réduisant la fenêtre de téléchargement sur l’écran et tourna le fauteuil vers lui. Dehors, ils entendaient Charlie tenter de faire boire Justin, sous les acclamations de ses amis du magasin, et les protestations de Tora, fidèle à son rôle de fille de juge.
- Le fait que ce soit un sablier n’est peut-être qu’une coïncidence, non, remarqua-t-elle en haussant les épaules.
- Je sais, soupira Orlando en se redressant. Justin me l’a déjà fait remarquer, et c’est aussi probablement fort possible, mais… je sais pas, c’est pas l’impression que ça m’a donné. Si t’avais vu le visage de cette fille… elle semblait…
- Elle semblait, répéta Jazz en fronçant les sourcils.
- Résignée, trouva Orlando, c’était assez étrange, j’ai eu l’impression qu’il y avait comme un fil invisible qui nous reliait. C’était… trop bizarre.
Jazz resta un moment silencieuse.
- Bizarre comme la sensation qu’on a eu aujourd’hui, finit-elle par demander.
- Tu crois que ce serait lié, s’étonna Orlando. Je ne vois pas en quoi.
- Une personne très sage a dit un jour que c’est là où il n’y a rien qu’il faut chercher, répondit Jazz en affichant la page internet. Il faudrait demander à Luigi, non, s’il a pas connu un cas semblable. Le cas échéant, on aurait peut-être des raisons de s’inquiéter.
- S’il ne s’agit pas de technique, Luigi ne me dit rien, marmonna Orlando d’un air abattu. Il fait son solitaire, comme toujours !
- Je ne comprendrais décidément pas cette dualité qui vous oppose entre frères, alors que vous passez votre temps à vous inquiéter l’un pour l’autre, fit Jazz en soupirant.
- C’est peut-être le lot de tous les manipulateurs des heures, répliqua acerbement Orlando. Parce que Justin et toi faites exactement pareil.
- Je ne protège pas cet andouille de Justinien.
Orlando lui jeta un regard peu convaincu.
- Bon, d’accord, concéda Jazz de mauvaise foi, mais ce n’est pas comme si je pouvais faire autrement. C’est mon petit frère, après tout.
- Et la loi pense que ça fait sept ans que vous ne vous êtes pas vus, dit Orlando. Je veux aller voir les lieux du crime.
- Je m’en doutais bien, déclara Jazz, t’es tellement borné. Je viens de trouver. Comme je m’en doutais, c’est sorti dans la presse. C’est en face du Machado.
- C’est sur notre chemin quand on va du lycée à l’horlogerie, ça, remarqua Orlando en s’approchant pour observer la page qu’elle affichait.
- On pourra s’y arrêter en y allant, fit Jazz avec un sourire amusé. Mais on devrait quand même appeler Luigi.
- Me casse pas les pieds avec lui, c’est lui qui m’appelle, c’est jamais l’inverse !
Un brouhaha sonore leur parvint de l’extérieur.
- Pourquoi s’entêtent-ils à bourrer Justin, soupira Jazz alors qu’Orlando notait l’endroit exact sur un bout de papier. Il est toujours sobre, peu importe ce qu’il boit !
- Il tient ça de Charlie, remarqua l’italien, mais ce n’est pas ce que l’on peut qualifier de qualité.
- C’est un don, marmonna Jazz, ça compense le fait qu’il ait des ratés avec ses pouvoirs. Heureusement qu’il n’a aucun gène transmis par l’autre.
Orlando soupira.
- L’autre allait très bien, déclara-t-il en mettant le papier dans sa poche.
Jazz ne répondit pas.
- Elle très contente, avec son nouveau mari.
- Ouais, c’est semblait bon, j’ai compris…
- C’est comme si t’avais totalement disparue de sa mémoire, en fait…
- C’EST BON, ORLANDO, MERDE !!!!
Ils se défièrent un instant du regard, sans rien dire. La porte de la chambre s’ouvrit, et un bel homme apparut dans l’entrebâille. Son polo et son jean étaient trempés, et il semblait sortir d’une crise de fou-rire. Il passa négligemment sa main dans ses cheveux clairs en reprenant sa respiration.
- Dites donc, vous deux, fit-il sur un faux air de reproche. Y’a tout le monde qui s’amuse, dehors, et vous ne prenez pas part à la fête ! C’est pas tous les jours que mon patron est d’aussi bonne humeur !
Jazz sourit.
- On regardait un truc, sur la toile, expliqua-t-elle.
- Vous le ferez plus tard, déclara l’autre en leur indiquant de sortir, je crois qu’on a enfin trouvé la limite de Justin quant à l’alcool !
- Aucune chance, Papa, répliqua Jazz en sortant. Justin est impossible à imbiber.
- Ne doute pas de la persévérance de ton père, jeune fille, rétorqua Charlie en refermant la porte derrière Orlando qui venait aussi de sortir. Allez faire la fête, et ne vous occupez pas de choses sans importance alors qu’on est en week-end !
- Ouais ouais…

Ça, c’était la raison pour laquelle je détestais le plus Orlando. En quoi ça l’emmerdais, de me laisser oublier ? Ça faisait longtemps que j’avais compris que c’était moi qui avais fait le malheur de ma mère. Elle m’avait toujours préféré Justin. Le fait était là, et alors ?
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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Sam 12 Juil - 20:25

La voiture se gara près du trottoir, et les deux jeunes gens en sortirent en regardant autour d’eux. Orlando jeta un regard au Machado, l’une des boîtes de nuit les plus branchées de la ville. La ruelle dans laquelle la Zuni avait été trainée se trouvait juste en face.
- Va falloir se grouiller, avertit Jazz en se dirigeant rapidement vers la ruelle, après, il faudra aller chercher Justinien au zoo ! En espérant que les tigres l’aient trouvé à leur goût.
- Aucune chance, répliqua pertinemment Orlando, si c’est ton frère, il ne peut être qu’immangeable.
Jazz lui mit un coup de coude avant de s’approcher du mur. Les traces de sang figées sur celui-ci indiquaient l’emplacement de la Zuni. Personne ne se trouvait aux alentours, toute trace de la police avait disparu, mais depuis cette histoire, les gens évitaient de s’approcher, l’endroit avait été déserté. Orlando indiqua les éclats de sang qui recouvraient le sol, remontant jusqu’à l’avenue.
- Peu de chance qu’on trouve quelque chose ici, remarqua-t-il, sans le corps, c’est inutile de toute façon, autant aller voir le dernier endroit où elle se tenait vivante.
Jazz soupira en sortant de son sac une pochette, dans laquelle se trouvait un tas de feuilles remplies au pastel. Sur chacune d’entres elle, Orlando avait dessiné le corps, selon les différents angles qu’il avait pu visualiser sur les photos.
- On ne pourra rien tirer de plus du corps, en tous les cas, fit-elle, repassant rapidement les esquisses en revue. L’analyse sommaire qu’on en a faite suffit clairement à démontrer que ce c’était un homicide avec préméditation. Probablement une histoire de vengeance. C’est typique dans ces cas-là, ou au moins un règlement de compte.
- Pas un crime passionnel en tout cas, soupira Orlando en se rendant vers l’avenue, suivi de Jazz qui continuait d’observer les dessins.
- Généralement, les crimes passionnels sont commis avec un couteau, non ?
- Ça dépend du profil psychologique de la personne, répondit l’italien, et aussi de son sexe. Enfin, je sais pas, j’ai jamais écouté Luigi, quand il me demandait de l’aider à réviser ses cours de criminologie, ça m’intéressait pas.
- Nous avons là le profil type du petit frère en admiration devant son aîné, ironisa Jazz en se mettant face au mur devant lequel l’amérindienne avait été abattue.
- Tu te trouves drôle ? Tu sais pas ce que c’est que d’être né en dernier, c’est très dur ! Tu devrais considérer un peu mieux Justin, tu vois, sinon, un jour, il va faire un complexe d’infériorité.
- Je traduis ce que tu viens de dire, s’exclama Jazz avec un grand sourire sadique, Luigi est tellement fort en tout que tu fais un complexe d’infériorité face à lui !
L’italien lui jeta un regard plus noir que nuit.
- Mon petit Orlando, commença la jeune fille d’un air compatissant, je ne savais pas à quel point ton âme était torturée ! Je m’en veux d’avoir été si dure avec toi, maintenant !
- J’ai rien à envier à mon frère, s’injuria Orlando, je ne fais pas de complexe d’infériorité !!
- Nier est la façon la plus courante pour avouer le contraire de ce que l’on dit, rétorqua Jazz en tâtonnant les aspérités dans le mur. Ça sert, le fait que mon père ait une ex psychologue, quand même !
Orlando marmonna des explications incompréhensibles en croisant les bras d’un air boudeur. Jazz leva les yeux au ciel en se tournant vers lui.
- Dis donc ! C’est toi qui as émis l’hypothèse que si cette fille était des nôtres, elle aurait laissé un indice quelque part, alors cherche !
- Qu’est-ce qui te fait croire que l’indice serait dans le mur, demanda Orlando en se mettant à chercher à son tour.
- Qu’est-ce qui te fait croire que c’était une manipulatrice des heures, hein ?
- Sixième sens, répondit placidement Orlando.
Jazz soupira en enlevant ses doigts de la crevasse dans laquelle elle venait de les plonger, elle se redressa en observant le papier froissé qu’elle en avait sorti.
- Idem, rétorqua-t-elle en agitant sa trouvaille sous le nez d’Orlando qui attendait patiemment qu’elle l’ouvre.
Elle déplia la feuille et lut ce qu’il y avait marqué.
- « El tiempo se paró », annonça Jazz en tournant la tête vers Orlando.
- Le temps s’est arrêté, marmonna celui-ci d’un air songeur. De l’espagnol, comme je m’en doutais… c’était bien une manipulatrice des heures.
- Ouais, ben, j’espère que ce qu’elle a marqué, c’était métaphorique…

Malédiction : sort hostile auquel on ne semble pas pouvoir échapper ; fatalité. Aux vues de cette définition des plus significatives, Orlando n’a strictement rien à me dire quand j’affirme haut et fort « NOUS SOMMES MAUDIIIIIIIIIIIIIIIITS !!!!!!!!!! ».
Bon… crier fait du bien. Soit, Orlando doit être sourd d’une oreille, maintenant, mais peu m’importe, il s’agit de ses tympans, pas des miens ! Puis, il n’avait qu’à pas me dire ça ! J’me fiche pas mal de ce qui se passe, mais on ne La contactera pas !! Hors de question !! JAMAAAAAAAIIIIIIIIIIIISSSS !!!!!!!!!!!!!!!!


Orlando poussa une exclamation outragée en se garant brusquement devant le zoo, expédiant Jazz au fond de son siège. Celle-ci se redressa difficilement en secouant la tête pour se remettre les idées en place alors que l’italien se tournait vers elle, les bras croisés d’un air exaspéré.
- Je sais parfaitement que c’est un sujet qu’aucun manipulateur des heures, pour le peu que j’en connais, n’aime aborder, commença-t-il, il me semble d’ailleurs qu’avec toi, c’est la première fois ! Mais on a pas le choix, il se passe un truc louche, il va falloir La contacter !
- Mais tu La connais, rétorqua Jazz d’un air boudeur en sortant de la voiture alors qu’Orlando en faisait de même de son côté, Elle doit déjà être au courant de se qui passe, vu qu’Elle est toujours au courant de tout ! C’est pas la peine !!
Orlando ferma la jeep, désespéré, et courut après la jeune femme qui rentrait déjà dans le zoo par la porte de service, à laquelle l’accès leur était autorisé. Ils coupèrent par le vivarium, ce qui ne réjouissait pas vraiment Orlando.
- Tu sais pourquoi Elle est toujours au courant, s’exclama-t-il en essayant d’ignorer les reptiles qui semblaient le fixer avec leurs immondes yeux globuleux. Parce que des manipulateurs comme nous Lui rapportent les évènements anormaux !
- Et ben, y’en a des plus zélés qui l’auront fait à notre place, coupa Jazz en se penchant vers la cage de verre du boa constrictor. Orlando, pour mes dix-huit ans, tu m’offriras ça !
Orlando tourna la tête pour voir qu’elle pointait le boa. Il sursauta en reculant. Cette atroce créature l’observait de ses grands yeux jaunes, elle cherchait un moyen de sortir de sa cage pour le dévorer jusqu’à la moelle, il en était persuadé.
- Va mourir, se récria-t-il, jamais de la vie je ne t’offrirais un truc pareil !! Je ne veux pas ce genre de bestioles à moins de deux mètres de moi !
- Mais c’est mignon comme tout, plaida Jazz en cherchant visiblement comment ouvrir la cage, vois comment il te regarde, je crois qu’il t’aime bien ! Pas vrai, Freddy ?
- Freddy, marmonna Orlando en voyant le serpent hocher consciencieusement la tête, toi et ta sale manie de parler aux reptiles… on sort d’ici !
Il attrapa Jazz par le bras et la traîna hors du vivarium en ignorant royalement ses protestations. Une fois sortit, il prit une grande bouffée d’air et soupira de soulagement.
- Et toi, tu parles avec quoi, demanda-t-elle alors, les autruches ?
- Idiote !
- Chais pas, ça correspond bien à ta nature, je trouve…
- Tu changes de sujet, coupa Orlando en se dirigeant vers les fauves, tu connais beaucoup de manipulateurs, dans cette ville, à part Justin et moi ? Si nous ne La prévenons pas, personne ne le fera.
Jazz soupira bruyamment. Ils arrivaient devant l’enclos des fauves, plus bas. Justin était au milieu des tigres, appuyé contre un arbre, il les regardait manger en caressant distraitement la tête d’une jeune femelle. Son patron, un vieil homme tout rabougri, se tenait près du seuil de la porte, et tentait visiblement d’entamer le dialogue avec le mâle dominant qui faisait comme s’il n’était pas là. Justin leva la tête et fit un signe à sa sœur comme quoi il arrivait bientôt. Celle-ci acquiesça à son encontre et prit enfin la parole.
- Je refuse, déclara-t-elle simplement.
- Mais pourquoi, s’énerva alors Orlando, bon sang, Jazz, on sait se battre, ok, on a un quotient intellectuel exceptionnel, ok, mais on est pas en mesure de trouver tous seuls ! Cette fille était comme nous, et elle s’est fait descendre !
- Je sais, soupira Jazz, mais ça fait deux ans que je n’ai plus de contact avec Elle.
- Mais…
Orlando tiqua.
- Une minute, deux ans… c’est depuis deux ans que Justin est manipulateur des heures !
- Il n’est pas répertorié, expliqua Jazz.
- C’est impossible, répliqua Orlando, on est tous contactés par Elle dès qu’on découvre ce qu’on est, même moi, j’ai été contacté alors que mon frère en était déjà un. Elle a forcément connaissance de l’existence de Justin !
- Justin Soen n’est pas dans Sa base de données, coupa Jazz en tournant la tête vers Orlando, j’ai déjà vérifié. Et Justin n’a pas connaissance de Son existence, je ne lui en ai jamais parlé.
Orlando resta interdit.
- Mais il faut le faire répertorier, s’exclama-t-il enfin.
- Non, je crois que ce n’est pas possible, soupira Jazz, Elle ne l’admettra jamais parmi nous.
- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?! Je ne vois pas pourquoi Elle ne l’accepterait pas, à moins qu’il ne…
L’italien se tut alors que Jazz acquiesçait.
- Il n’est pas soumis à la Loi Primordiale ?!
- Nan, répondit Jazz en se mordant les lèvres.

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MessageSujet: Re: Le Temps est une Invention de l'Homme   Sam 12 Juil - 20:32

Je n’aurais jamais imaginé qu’Orlando puisse se taire pendant plusieurs jours. C’est un véritable miracle. Soit, il se tait parce qu’il me fait la gueule, mais c’est reposant ! Je redécouvre enfin la signification du mot silence ! Il devrait me faire la gueule plus souvent, je pourrais enfin faire des nuits complètes. Bon, je saaaaiiis, une personne normale devrait culpabiliser, s’inquiéter, tenter de rattraper le coup avec une excuse bidon qui n’est, à l’évidence, pas la vraie raison. Mais je ne suis pas normale, c’est un grand avantage, je n’ai aucune conscience. Une fois, un de mes ex s’est suicidé parce que je l’avais largué, j’ai payé la tournée générale au bar avec l’argent que j’avais reçu en revendant l’immonde collier en or qu’il m’avait offert à mon anniversaire. Ça, par contre, je le regrette, je n’aurais pas dû vendre ce collier.
Il aurait mieux valu que je le fasse fondre pour me faire faire ce magnifique piercing à l’arcade dont je rêve depuis des mois…


Justin entra d’un air énervé dans la chambre de sa sœur, qui était sur son bureau, à faire la dissertation donnée depuis trois mois qu’elle devait faire le lendemain. Le roman et ses personnages : rien de plus simple. Il s’étala sur son lit en poussant un soupir à fendre l’âme alors que Jazz lui jetait le bouchon de son stylo sur la tête.
- Aïe !
- Ne te jette pas sur mon lit alors qu’il est capable de s’écrouler à tout moment, réprimanda l’aînée tout en continuant à écrire sa fichue dissertation.
- Pourquoi Orlando fait la gueule ? T’as refusé de coucher avec lui ?
- S’il l’avait demandé, j’aurais pu refuser, répliqua Jazz, et dans ce cas-là, il serait simplement allé se trouver une fille moins belle mais plus stupide, il n’aurait pas fait la gueule.
- Alors, pourquoi, insista Justin, il est enfermé dans son mutisme depuis que vous être venus me chercher au zoo, la semaine dernière, et l’affaire de la zuni ? Vous en faites quoi ?
- Si ça t’inquiète, t’as qu’à la faire, cette enquête, soupira Jazz en se tournant enfin vers son frère.
- C’est vous les génies, rappela pertinemment Justin, pas moi ! C’est vous les êtres parfaits qui contrôlent le temps à leur guise et tant qu’ils veulent ! Moi, je suis l’apprenti qui sais pas faire marcher ses pouvoirs !
Jazz ricana.
- On voit que tu ne connais pas l’histoire de Damoclès, marmonna-t-elle.
- Si, je la connais, répliqua Justin d’un air boudeur, c’est ce mec qui se fait pendre une épée au-dessus de la tête avec un crin de cheval parce qu’il a eu le malheur de critiquer son despote de souverain. Je suis dans le même cas que lui, vu que je suis ton frère !
Jazz lui jeta un regard interrogateur en fronçant les sourcils.
- Ben oui, expliqua son cadet comme s’il s’agissait d’une évidence, à peine je te fais remarquer que t’as un caractère de cochon que je me fais taper dessus.
Il se reçut le livre de français de la jeune fille en pleine tête et dû rouler sur le côté, jusqu’à tomber par terre, pour éviter le gros dictionnaire étymologique qu’elle avait à portée de main.
- Aïe…
- JE N’AI PAS UN CARACTERE DE COCHON !!!!!
- Ça doit être pour ça qu’Orlando te fait la gueule, non, demanda Justin en se relevant.
Jazz se tourna d’un air énervé vers la porte de sa chambre, restée entrouverte.
- PAPAAAAAAA !!!!!!!! JUSTIN, Y FAIT RIEN QU’A M’EMBÊTER !!!!!!!
Ce ne fut pas son père qui entra alors, mais Orlando, qui regarda Jazz d’un air sombre.
- Charlie est au magasin, il doit remplacer Joe, il m’a dit, déclara-t-il simplement. Jazz, viens dans ma chambre. Faut qu’on finisse ça maintenant, ou ça va pas aller.
- C’est classé X, ou je peux venir voir, intervint alors Justin d’un air sadique.

God save the Queen.

Orlando écouta encore un instant Justin taper violement contre la porte de la chambre à côté avant de se re-concentrer sur le clavier de l’ordinateur. Jazz, allongée sur son lit dans une pose des plus suggestives, écoutait les imprécations furieuses de son frère avec un sourire béat.
- C’était vraiment utile de l’enfermer dans ta chambre, demanda alors Orlando en trouvant la page qu’il cherchait depuis tout à l’heure.
- Non, mais c’est tellement bon de le savoir en colère, soupira Jazz, au comble du bonheur. Et puis, c’est de sa faute ! Il avait qu’à se faire greffer un cerveau quand il en avait l’occasion !
Elle se redressa en tailleur pour observer l’écran par-dessus l’épaule de l’italien.
- Alors, qu’est-ce que tu voulais me montrer ?
- Ça, fit-il en indiquant le blog sur lequel il se trouvait.
- Hum… du chinois, conclut Jazz en observant l’alphabet employé, oui, et alors, cette fille raconte sa vie, en quoi ça peut nous aider ?
- Pas n’importe quelle vie, répliqua Orlando en indiquant certains des articles, regarde le nombre de fois où elle emploie les mots « heures » et « manipulation ».
- Mouais, en effet, marmonna Jazz d’un air peu convaincu, et alors ?
- Tu sais qu’Elle ne peut pas savoir ce qu’on fait quand nous faisons un saut dans le temps, n’est-ce pas ?
- Bien sûr, que je le sais, soupira Jazz qui ne voyait pas où il voulait en venir.
- Tu te rappelles de la Révolution Culturelle de Chine ?
- Débute en 1966, répondit Jazz d’un air ennuyé, fini dix ans plus tard, avec la mort de Mao Zedong, une grande perte pour la culture chinoise. J’aurais encore préféré un deuxième crash de Wall Street à ça, je reste convaincue que Bush aurait pas été réélu. Ni élu tout court, d’ailleurs.
- Laisse donc tes idées politiques de côté, s’exaspéra Orlando, je te rappelle qu’on a pas le droit de changer le cours du temps à grande échelle ! C’est interdit ! Elle nous a clairement fait comprendre que le fait même d’y songer était prohibé !
- Soit, soit, concéda Jazz. Bon, oui, on est allés voir la Révolution Culturelle, ce fut très instructif et le pire cadeau d’anniversaire que je t’ai jamais fait ! Encore aujourd’hui, j’en suis très fière, parce que, contrairement à toi, je me suis éclatée comme une folle !
- Et pour une bonne raison, soupira l’italien d’un air blasé. Regarde cet article-là, précisément. Y’a un « J. » marqué en occidental.
- Elle parle de quelqu’un, fit Jazz en lisant l’article. Une grande amie avec qui elle se serait amusée à persécuter « O. » et… oh…
- Oui, souffla Orlando, « O. ». Pas que ça me fasse plaisir de revoir cette peste, mais c’est la seule manipulatrice des heures que j’ai pu trouver après une semaine entière de recherches !
- Et comme Elle ne sait pas qu’on l’a rencontrée puisque c’était il y a trente-huit ans, elle pourra Lui dire qu’elle a vu le rapport d’enquête sans qu’on soit impliqué ! Orlando, t’es génial !!
- Il était temps que tu t’en rendes compte… Hé ! Qu’est-ce que tu fais ?!
Jazz s’était tout bonnement assise sur ses genoux et commençait déjà à envoyer un commentaire.
- « Salut, L.W., c’est J. et O., ça va ? Ça fait longtemps, on aurait besoin de toi pour Lui signaler un problème, on peut pas le faire nous-mêmes, sinon mon frère, Jn., va être repéré par Elle, et il faut pas ! Enfin, c’est compliqué, prend contact, je t’expliquerais, il en va de l’avenir du club des Célibataires Endurcis ! »
- J’ai jamais voulu faire partie de votre club débile, moi, se plaignit Orlando en rejetant la tête en arrière.
- « PS : O. précise que tu lui manque beaucoup ! »
- Hé ! Enlève ça !
- Trop tard, c’est envoyé.

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