Desert Rose

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 Perception

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Azzurra
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MessageSujet: Perception   Lun 21 Avr - 2:15

Voilà donc une première nouvelle pour inaugurer ce forum de la catégorie Littérature. Bon, elle est pas particulièrement passionnante, je le conçois. Je l'avais présentée à un concours, mais j'ai pas gagné pour autant...

Azzurra Angel, Chef Primordial du Clan Makkura.



Perception




Si les autres voyaient la vie comme je la vois, auraient-ils peur ? S’ils fréquentaient les personnes que je fréquente, seraient-ils dégoûtés ? S’ils pensaient comme je pense, deviendraient-ils fous ?

L’homme arriva devant l’immeuble et l’observa un instant avant d’afficher un air écoeuré. Il tombait en ruine, la majorité de ses vitres brisées et ses murs autrefois blancs couverts de peintures et dessins obscènes. L’inconnu soupira en écoutant les bruits percutants de l’avenue principale, perpendiculaire à l’impasse où il se trouvait.
Il remonta le col de son pardessus blanc sur son fin visage, levant ses fabuleux iris céruléens vers le toit de l’édifice.
- Pourquoi faut-il toujours qu’elle aille se terrer dans des endroits impossibles, marmonna-t-il en avançant vers une porte, sur le côté.
Il y donna trois coups secs et attendit patiemment qu’un vieil homme ensommeillé vienne lui ouvrir.

C’est une ville morte qui s’étend à mes pieds. Grise, morne. Les amas de fer immondes, au loin, qu’ils osent appeler building, me donnent l’impression, du haut de mon immeuble, de dominer l’Enfer. Seuls les quelques bribes de conversation et les klaxons incessants des voitures, parvenant à mes oreilles, me rattachent à cette pseudo réalité dans laquelle je vis et tente tant bien que mal de me maintenir. Je les entends.
Je les entends. Je ne les vois pas. Tous les sons de la ville m’entourent et résonnent en un écho déformé et dissonant. Mais quand je me penche au-dessus de la rue, il n’y a rien. Pas âme qui vive. L’avenue est vide de monde, comme la vie vide de sens. Pour moi, ce n’est même pas une vie quand je vois le ruban de bitume désespérément gris. Gris comme ce ciel empli de sombres nuages. Il va pleuvoir, à l’évidence.


Le vieux cherchait toujours fébrilement parmi le fouillis constituant le peu d’affaires qu’il possédait en sa pauvre demeure. Il jeta un coup d’œil discret vers le visiteur, assis à sa table, toujours souriant.
Il était jeune, vingt-cinq ans, tout au plus. Très distingué, un air de bonté presque naïve ancré dans ses traits efféminés, il inspirait une confiance et un bien-être si parfaits que personne ne serait capable ne serait-ce que de songer à le haïr. Ses magnifiques yeux bleu azur semblaient comme deux miroirs dans lesquels on ne pouvait que se remettre en cause, face à la pureté de leur propriétaire. Il ressemblait à une fille. C’était un fait indéniable appuyé par ses beaux cheveux noirs de nuit qui tombaient doucement sur ses fines épaules arrondies et les deux anneaux sombres ornant ses oreilles. D’assez grande taille, il aurait pu passer pour un brin d’herbe tant sa finesse était presque douloureuse à la vue. Hormis son pardessus, il ne portait qu’un polo noir et un jean, ce qui n’entachait pas le moins du monde à sa distinction naturelle.
Singulier personnage qui ne cessait d’envoyer des ondes apaisantes de par un simple sourire. Il regardait autour de lui d’un air sincèrement intéressé.
- Pardon d’être aussi long, dit le vieil homme au bout d’un moment, c’est que plus personne ne vient dans cet immeuble depuis bien longtemps, du coup, j’ai un peu perdu les clefs.
- Ne vous en faites pas, rassura l’autre avec un sourire, j’ai tout mon temps, ne vous pressez pas pour moi.
L’ancêtre lui lança un nouveau regard en biais et se décida à entamer la conversation plus sérieusement.
- Je ne veux absolument pas vous paraître indiscret, commença-t-il d’un ton hésitant, mais j’aimerais vous poser une question.
- Mais allez-y, répondit le jeune avec un autre immense sourire.
- Que cherchez-vous dans ce vieil immeuble en ruine, demanda l’aïeul.
- Une jeune fille du nom de Jaël Stellar, déclara le brun.
- Jaël, répéta le vieux. Ah, bien sûr ! Je la connais, elle vient souvent ici pour regarder la ville du toit, bien que je le lui aie déconseillé à plusieurs reprises. Elle est un peu étrange. Quand je lui parle, c’est comme si elle ne me voyait pas. Mais très gentille, en tout cas.
- C’est ce qu’on dit, sourit son vis-à-vis.
Le grand-père fronça les sourcils en se retournant.
- Vous ne la connaissez pas ?
- Connaître est un bien grand mot, en effet, concéda le jeune homme avec un autre de ses charmants sourires. Pour être franc, je ne l’ai vu qu’une fois, il y a cinq ans. Habituellement, j’envoie quelqu’un la chercher.
Il plongea alors ses extraordinaires yeux saphir dans ceux du vieux gardien.
- Vous avez trouvé les clefs de l’immeuble ?
L’ancêtre sembla un instant troublé par ces deux océans d’innocence et bredouilla un oui à peine audible.


Dernière édition par Azzurra le Lun 28 Avr - 20:54, édité 1 fois
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Azzurra
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MessageSujet: .   Lun 21 Avr - 23:14

Ce monde est vide. Mais je ne ressens pas de solitude. Beaucoup sont comme moi. Du moins, en partie. L’autre me l’avait dit, je suis différente de mes semblables. J’ai accès à un monde qu’ils ne voient pas. Dans ce monde, je ne suis pas seule. Il n’y a que deux endroits où je sois toujours seule. La réalité et mon esprit. L’un est mon enfer, l’autre mon sanctuaire. Mon sanctuaire… une petite main me tire le polo et je dois en sortir.
Je me tourne vers la petite puce, qui tente d’attirer mon attention depuis tout à l’heure. Je ne peux m’empêcher de sourire face à sa bouille innocente. Innocente mais très pâle. Trop pâle, avec ses grandes cernes violacées, qui ressortent plus encore avec ses boucles rousses, son pull rouge à col roulé, bien trop grand, qui lui mange la moitié du visage et cache ses mains. Elle darde sur moi de grands yeux marron à l’éclat pourpré. Je la trouve magnifique. Oui, elle est belle. Elle tient de la main qui n’agrippe pas mon haut, un lapin en peluche, tout rapiécé.
Amy est vraiment mignonne. Je m’accroupie face à ce bout de chou et lui lance un grand sourire.

- Maman, fait-elle timidement, à quoi tu penses ?
- A pleins de choses pas très intéressantes, je lui réponds en passant ma main dans ses cheveux.
Ils sont tellement beaux, ces cheveux presque rouge incandescent. Ça fait ressortir les tâches de rousseurs qui lui constellent le nez et les joues. Amy est fantastique, je ne pensais pas être capable d’aimer quelqu’un à ce point. Toujours avec ses grands sourires, ses questions naïves, et les réponses qu’elle y trouve parfois… c’est tout le contraire de moi, qui ne sourit qu’en de trop rares occasions, ne pose que des questions graves, et n’y trouve jamais de réponse. Je crois bien que c’est pour ça que je l’aime.
Elle laisse ma main passer doucement sur sa joue froide avant de jeter un œil vers la porte menant au toit.

- Je crois que j’ai entendu quelqu’un entrer dans la loge du gardien, dit-elle.
Je jette moi-même un coup d’œil à la porte, puis je me retourne vers Amy.
-
Ne t’en fait pas, je déclare, ça ne doit pas être très important. Ok ?
- D’accord, Maman.

Le gardien indiqua la porte menant à la cage d’escalier au jeune homme et l’y précéda.
- Désolé, fit-il, de devoir vous obliger à monter l’escalier, mais l’ascenseur ne marche plus depuis des années, puisqu’il n’y a plus d’électricité.
- Ce n’est rien, répondit le visiteur en grimpant à sa suite.
Comme il disait ça, la marche sur laquelle il posait le pied grinça. Il s’arrêta net.
- Ce n’est pas très solide, prévint le gardien, il faut faire très attention. C’est pour ça que je dis à Jaël de ne pas venir ici, c’est dangereux.
- Je vois cela, en effet, constata le brun en reprenant l’escalade. Mais cet endroit est bien délabré, comment se fait-il qu’il ait été abandonné, exactement ?
- Il tombait en morceau depuis déjà plusieurs années, expliqua le gardien. Les gens préféraient donc partir. Seuls restaient ceux qui n’avaient pas les moyens de partir, voyez-vous ? Mais l’immeuble devenait trop insalubre, la ville a décidé de reloger les derniers habitants.
Ils grimpèrent un instant en silence et arrivèrent au quatrième étage. Le vieux posa un instant son regard sur une porte complètement défoncée. Le jeune homme y jeta aussi un œil avant de regarder l’autre d’un air interrogateur.
- Un problème, demanda-t-il.
- C’est surtout à cause de ce qui c’est passé dans cet appartement que la ville a décidé d’agir, et c’est aussi pour ça que je n’aime pas que Jaël vienne ici, déclara sombrement l’aïeul en se remettant en marche. Ce n’est pas un lieu pour une jeune fille. On n’a pas idée d’aller méditer dans un endroit où une enfant est morte de la main de sa propre mère !
Voyant que le visiteur lui jetait un regard quelque peu perdu, il précisa.
- Par strangulation, le père l’avait quittée, elle ne l’a pas supporté et est devenue complètement folle. Mais rien que l’atmosphère, ici, est pesante, je ne vois vraiment pas ce que Jaël peut aimer ici !
- Sûrement cette atmosphère si pesante, souffla le brun avec un demi sourire.
L’ancêtre ne l’avait pas entendu. Ils arrivèrent enfin devant la porte qui menait au toit. Le gardien l’ouvrit et balaya la terrasse du regard avant d’avancer pour laisser passer l’homme. Celui-ci repéra immédiatement l’adolescente. La dernière fois qu’il l’avait vu, elle avait dix ans, mais il s’agissait bien d’elle.
Elle était de dos, contemplant le vide sous elle, tête baissée. Ses cheveux châtains imprimaient toujours ces uniques ondulations jusqu’aux omoplates et l’homme ne doutait pas que ses grands yeux gris métallisé soient toujours autant dénués d’humeur. Mince, elle n’était ni grande, ni petite. Elle était seule sur ce grand toit vide, un fin polo bleu tombant sur ses hanches dessinées à l’encre de chine et couvertes à la moitié par le jean noir qui habillait ses jambes. Une seule de ses mains, la gauche, était gantée de cuir.
- Jaël, appela le vieux d’un air mécontent, ne reste pas si près du bord ! Et puis, tu as de la visite !
Jaël n’en bougea pas pour autant, et il sembla à l’homme qu’elle esquissa un mouvement caressant dans l’air. Voyant que ni l’adolescente, ni le brun, ne se décidait, le gardien soupira et s’en alla en déclarant qu’il préférait les laisser seul à seul. Le jeune homme attendit qu’il eut fermé la porte et se tourna vers Jaël, avant d’avancer lentement dans sa direction. Il s’arrêta à mi-chemin et fourra les mains dans les poches de son pardessus en soupirant.
- Je peux savoir ce que tu fais toute seule sur ce toit, demanda-t-il au bout d’un moment.
- Seule, répéta Jaël en se tournant enfin vers son interlocuteur. Je ne suis pas seule. Nous sommes trois, ici.
L’homme cacha un sourire amusé avant de reprendre plus sérieusement.
- Tu sais que tu es de plus en plus difficile à trouver, demanda-t-il.
- Je ne le fais pas exprès, répondit Jaël avec un haussement d’épaule. Mais dis-moi… que fais-tu ici, Satan ?
- Je viens dire bonjour à ma médium préférée, répliqua le Maître des Enfers, n’en ai-je pas le droit ?
- Si, bien sûr, concéda Jaël avec un soupir. Mais j’aimerai bien que tu me donnes la véritable raison de ta présence en ces lieux.
Satan émit un petit rire avant de consentir à répondre.
- J’ai un travail pour toi, déclara-t-il.
Jaël poussa un soupir à fendre l’âme.
- Pourquoi faut-il toujours que l’Enfer me refile le sale boulot quand aucun des incompétents à ton service ne se sent assez doué pour une mission ?
- Tu me dois bien ça, tu ne crois pas, demanda Satan sur un ton ironique. Toi comme moi savons que tu es la plus apte aux missions qui te sont confiées…
Il eut un petit sourire.
- Et la seule, finit-il.
Jaël eut un sourire vague et retourna son attention sur la rue, quelques dizaines de mètres plus bas. Satan s’approcha d’elle et se mit à sa hauteur, observant le vide à son tour.
- Que vois-tu, en bas, demanda tout à coup Jaël.
- Une effervescence digne du nouvel an chinois, répondit Satan avec un sourire. L’avenue est bondée. Une véritable orgie, si j’ose dire.
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MessageSujet: .   Lun 21 Avr - 23:21

Une orgie. Il y a un monde fou, me dis-tu. Je m’en doutais bien. Sinon, pourquoi les sons urbains atteindraient-ils un si haut niveau de décibels ? Décidément, la perception des choses est totalement différente en fonction de la personne. Qui peut se vanter de penser exactement la même chose qu’autrui ? Personne, pas à ma connaissance. Et j’en connais des choses, depuis cinq ans que je me voue corps et âme à l’Enfer. Nous avons tous deux yeux, mais nous ne voyons pas la vie de la même manière. Tu sais, Satan, si nous nous étions croisés, par hasard, il y a cinq ans, plutôt que de nous rencontrer dans cette sordide chambre d’hôpital pour conclure le pacte qui ferait de moi ton entremetteuse la plus redoutée des royaumes de l’Enfer, je n’aurais pas eu la même perception de toi que celle que j’ai eu à ce moment-là. Je t’aurais remarqué tout de suite, t’avancer vers moi, plutôt que de te distinguer seulement après que tu ais arrêté tout mouvement. Mais nous n’aurions pas vu la même scène pour autant. Il est impossible de voir à travers les yeux d’un autre.
Je souris en voyant Amy, toujours accrochée à mon haut, te regarder d’un air de défi, fronçant le nez. Toi, tu ne fais même pas attention à elle, ce qui est tout à fait normal. Après tout, tu n’es ni ce Dieu de la Mort si cher à mon cœur, ni moi. Il n’y a que Kail et moi pour voir les Autres.

- Moi, je ne vois rien qu’une rue complètement vide. Le néant total et absolu.

Satan lui jeta un regard en biais avant de reporter son attention sur cette avenue, qu’il voyait pleine de monde.
-Tu arrives à gérer l’akinetopsie, demanda-t-il au bout d’un moment.
- Depuis le temps, sourit Jaël, je me suis habituée à ne plus voir aucun mouvement venant du monde des vivants. Mais je ne pense pas être à plaindre, je l’ai encaissé plus facilement, quand tu m’as donné ça.
Elle tendit devant elle sa main gauche, enserrée dans un gant en cuir noir, et la regarda un instant, cessant tout mouvement pour pouvoir la distinguer, avant de l’aligner à nouveau au reste de son corps.
- Mais tu devais quand même être irresponsable pour donner l’arme ultime des Enfers à une gamine de dix ans, ajouta-t-elle.
- C’était tout réfléchi, répliqua Satan.
Il se tut un instant avant de reprendre.
- Tu es tout de même étrange.
- Pourquoi cela, demanda Jaël.
- Eh bien… la Règle Universelle veut que les vivants voient le monde des vivants, et que les morts ne voient que le monde des morts. Toi, tu es… le pire cauchemar de tous ces foutus anges. Une vivante qui voit le monde des morts ! Tu es un tabou.
- A cause de toi, rappela judicieusement Jaël. Et puis, Kail est bien un mort qui voit le monde des vivants.
- Tu veux dire « grâce à moi », rectifia Satan. Et Kail, c’est le Dieu de la Mort. C’est l’exception qui confirme la règle. Toi, tu es celle qui ne devrait pas exister.
- Mais j’existe, déclara Jaël.
- Grâce à moi.
- A cause de toi. Toi aussi, tu es louche.
- Moi, je suis le Diable, répliqua Satan, c’est normal que je sois louche.
- D’après la Règle Universelle, fit remarquer Jaël, tu es un vivant tout à fait banal _ première chose qui m’a étonné venant du Maître des Enfers. Mais, bien que ce fait soit indéniable et approuvé, tu es vu des morts, alors que tu ne les vois pas.
- Je suis vu des morts, répéta Satan avec un petit sourire.
Jaël jeta un regard à l’espace, vide, qui les séparait l’un de l’autre.
- Amy approuve, répondit-elle.
- Et qui est Amy, demanda Satan en levant un sourcil.
Jaël sourit et enleva lentement son gant. Elle tendit la paume de sa main vers l’autre. Une paupière y apparut soudainement, en son centre, déformant légèrement la chair qui l’entourait. Elle s’ouvrit lentement sur un œil vert sombre, possédant une obscure pupille allongée. La prunelle se fixa sur Satan et se rétracta violemment, prenant une inquiétante teinte rouge sang.
Celui-ci sourit alors qu’une atmosphère pesante se créait autour d’eux. Une vague de froid, troublant un instant leur vision, envahit l’espace alentour. Le Maître des Enfers ferma les yeux le temps que la désagréable sensation s’évanouisse dans l’air, puis les rouvrit.
- Maman, tu viens de faire quoi ?
- De lui permettre de te voir, répondit Jaël en penchant la tête vers l’adorable rouquine qui se tenait près d’elle.
Satan la regarda un instant avec un demi sourire. Il jeta un coup d’œil à la rue. Elle était complètement vide.
- Intéressant, déclara-t-il avec une moue satisfaite.
Il se retourna vers la petite et lui fit un doux sourire.
- Alors, c’est toi, Amy, demanda-t-il gentiment.
Amy lui jeta un regard méfiant.
- T’es qui, toi ?
- Le Maître des Enfers, répondit-il. Mais tu peux m’appeler Satan.
Amy l’ignora royalement et se tourna vers Jaël.
- Maman, il est encore plus louche que Kail, lui !
- C’est normal, déclara Jaël avec un sourire. C’est le Diable.
- Je croyais que c’était le Maître des Enfers, s’exclama Amy.
- C’est la même chose, expliqua calmement Satan. Mais dis-moi, petite fille, tu viens ici souvent ?
- Je m’appelle pas petite fille, je m’appelle Amy, répliqua celle-ci.
Elle tourna la tête vers Jaël.
- Maman, tu le vires ?
- Je peux pas, chérie, soupira celle-ci, c’est mon patron.
- Pourquoi elle t’appelle Maman, demanda Satan.
- Je l’y ai autorisé, déclara Jaël.
Son vis-à-vis opina de la tête et observa longuement Amy. Il s’accroupi d’un coup et tendit la main vers elle. Plongeant son regard bleu dans le sien, il lui fit un grand sourire.
- Approche une minute, s’il te plaît.
Comme envoûtée, Amy acquiesça et s’avança vers lui. Jaël laissa faire sans rien dire. Satan abaissa doucement le col du pull d’Amy pour voir son cou, d’une pâleur aussi cadavérique que son visage. Cette blancheur parfaite était seulement dérangée par un épais trait rouge, profond, qui entourait toute la fine gorge. Le Maître des Enfers lâcha le col et se releva, libérant ainsi Amy de son emprise. Jaël caressa les cheveux roux avec un sourire.
- Amy, tu peux aller jouer plus loin ? On doit parler boulot.
- Pff, d’accord, fit Amy de mauvaise grâce.
Elle partit en lançant un regard mauvais à Satan. Celui-ci n’y porta pas la moindre attention et se tourna vers l’adolescente.
- C’est la gamine morte étranglée par sa mère, demanda-t-il.
- Ouais, approuva Jaël en remettant son gant.
Satan lorgna sur la rue, plus bas. La foule avait réapparu.
- Alors, fit Jaël en mettant les mains dans ses poches, comment as-tu trouvé ma façon de voir les choses ?
- Effrayante, répondit Satan avec un sourire. Mais ce n’est pas comme si nous avions eu exactement la même.
- C’est vrai, concéda Jaël.

Chaque personne, quelle qu’elle soit, a une conception des choses différente de celle des autres. Chaque point de vue diverge, c’est indiscutable. Ce qui nous différencie des gens qui nous entourent, ou que nous ne connaissons pas, ce n’est pas un don, un handicap, ou encore un secret. Ainsi, je le sais. Tout autre personne que moi aurait peur si elle voyait ce que je vois. Elle serait dégoûtée si elle fréquentait les gens que je fréquente. Elle deviendrait folle si elle pensait ce que je pense.
Ce qui fait que nous sommes unique, c’est notre perception du monde.


The End


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