Desert Rose

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 M comme Domino

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Azzurra
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MessageSujet: M comme Domino   Dim 8 Juin - 12:46

Voilà ! J'la met ! Aly, j'espère que t'es contente !



Les lourds nuages continuaient à rouler lentement, bas dans le ciel. Il faisait sombre et l’ambiance était pesante. Le seul paysage alentour était ce sol craquelé, desséché, parfois coupé d’un rocher noir. Il n’y avait rien d’autre. La jeune fille leva ses grands yeux cobalt vers le ciel avec un soupir. Sa peau, pâle, était bleutée par les ombres des nuages qui lui passaient parfois dessus. Ses magnifiques boucles noires étaient retenues par une pince sombre, elle était grande, élancée. Vêtue uniquement de noir, la croix qui pendait à son oreille gauche, assortie au tour-de-cou en cuir, bougeait imperceptiblement à chacun de ses pas. Ses boots craquaient contre le sol, en cassant les lambeaux de terre arides. Ses longues manches à rayures rouges et noires, malgré la chaleur étouffante, ne semblaient pas la gêner, de même que ses nombreuses bagues d’argents ou ses bracelets de cuir. Ses loose socks, étaient par contre plus contraignantes.
Elle s’arrêta avec un soupir et remonta d’un cran la chaîne qui pendait à sa ceinture, dont l’attache représentait une tête de mort. Elle frôlait sans arrêt sa cuisse, ce qui avait le don de l’énerver, sa jupe en jean était trop courte. Elle resserra les lacets de son bustier sombre, orné d’une croix renversée, en tournant doucement sur elle-même.

- Ça fait des heures et des heures que je tourne en rond et je n’ai toujours pas de réponse, s’écria-t-elle alors, sa voix se répercutant en écho tout autour d’elle. Je dois lui dire ou pas ?!
Un courant d’air sur sa droite attira son attention. Elle se tourna dans sa direction. Une forme étrange se dessinait doucement dans l’air, évanescente. Elle représentait une grande femme assise sur un trône d’un air digne. Elle tenait dans chaque main un poignard en or, et son front était orné d’une sorte de rose des vents. Elle commençait déjà à disparaître. L’adolescente sourit en s’étirant.
- Soit, faisons régner la Justice…

La blonde fit doucement passer sa main devant les yeux de sa vis-à-vis tandis que ces amies, plus loin, se regardait d’un air perplexe. L’autre restait en tailleur, les yeux dans le vague et une main sur le carte qu’elle était sur le point de tirer depuis déjà plusieurs minutes.
- Domino, appela-t-elle. Réveille-toi !
La jeune fille réagit enfin et leva les yeux vers elle. Elle tira la carte et la posa à côté de la première : la Papesse. Elle indiqua celle-ci.
- La Papesse en position inversée, annonça-t-elle, suivie du Bateleur, protecteur des charlatans.
- Et qu’est-ce que ça veut dire, demanda l’autre.
Domino soupira en rangeant ses cartes dans leur boîte et rangea celle-ci dans la sacoche accrochée à sa ceinture, ornée d’une tête de mort.
- Ton copain te trompe, expliqua-t-elle, largue-le.
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Azzurra
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MessageSujet: Re: M comme Domino   Dim 8 Juin - 12:47

La nuit était tombée sur les vieux entrepôts abandonnés du port de Carmel. Le ciel, sombre de nature, rendait presque impossible la vue des multiples rocher escarpés, au large, que les habitants, par orgueil, se plaisaient à qualifier d’îlots. Domino connaissait leur réputation de lieux maudits. La zone industrielle de la ville de Carmel n’est pas l’endroit le plus sûr, ni le plus chic, mais c’était là que circulaient la grande majorité des légendes urbaines.
Une grande partie des bâtiments en périphérie du port avaient été réaménagés en habitations, plus ou moins agréables à vivre. Domino arriva devant l’un de ces bâtiments, dont la grande porte coulissante était fermée. Elle soupira bruyamment en déchaussant ses boots, qu’elle mit dans son sac, auquel pendait un porte-clés en forme de croix renversée. Elle remit celui-ci sur son épaule et se dirigea vers la baraque adjacente à l’édifice. Elle jeta son sac sur le toit et grimpa à la gouttière pour s’y rendre à son tour, se hissant sans peine en hauteur. Elle s’écroula sur la tôle avec un soupir à fendre l’âme, et resta un moment ainsi avant de se relever et d’attraper son sac tombé plus loin. Elle en remonta les bretelles pour le caler correctement contre son dos, et alla se cramponner au rebord des hautes fenêtres opaques. La seconde faisait un bruit sinistre quand on la faisait glisser, elle sortit un tournevis de la pochette à sa ceinture et l’inséra dans la fente de la troisième fenêtre, elle la déverrouilla, tirant distraitement la langue d’un air appliqué. Après avoir rangé le tournevis, elle ouvrit la fenêtre le plus lentement possible.
Chose faite, elle fit mine de passer une jambe à l’intérieur, mais s’arrêta net en voyant un jeune homme d’environ seize ans, appuyé contre la barrière de fer de la passerelle qui reliait les différents mezzanines formant le premier étage. Ses bras nus et puissants croisés contre son torse, son beau visage à la mâchoire carrée restait obstinément fermé. Il était immobile depuis un bon bout de temps, comme le prouvait la tête de mort à son oreille droite, dont la fine chaîne d’argent n’oscillait définitivement pas. Ses beaux yeux cobalts transperçaient de part en part l’adolescente de leur éclat noir. Ses cheveux courts, humides, étaient aussi noirs que ceux de Domino. La courte serviette, noire, qui entourait sa nuque montrait qu’il venait de sortir de la douche. Il ouvrit enfin la bouche.
- Je me doutais bien qu’en vivant dans un endroit aussi mal fréquenté, on se ferait cambrioler, déclara-t-il gravement en se décollant de la barrière pour s’avancer vers Domino qui n’avait pas bougé.
Il posa lourdement ses mains de part et d’autre de l’intruse.
- Mais jamais je n’aurais imaginé que ce serait l’un des habitants de cette baraque qui y entrerait par effraction, finit-il en penchant la tête sur le côté. Surtout deux heures après le couvre-feu.
Domino leva un index en prenant une mine réfléchie.
- J’ai une bonne raison, plaida-t-elle.
- Pour entrer par effraction ou pour être en retard, demanda acerbement l’autre en levant un sourcil.
- Ben…
- Je vais répondre à ta place, coupa l’autre en l’attrapant par le bras pour la tirer à l’intérieur.
Prise dans son élan, Domino s’écrasa contre la barrière, le souffle coupé, alors que l’adolescent fermait tranquillement la fenêtre.
- T’es arrivé en retard parce que tu as encore fait une virée et tu es rentrée par la fenêtre parce que tu pensais que je t’attendrais devant la porte pour t’enguirlander.
- Alors qu’en fait, conclut Domino avec un soupir, tu m’attendais devant la fenêtre.
- Exact, approuva le jeune homme en se retournant vers elle.
- A la troisième.
- La première donne dans le vide, tu te serais écrasée trois mètre plus bas, et la deuxième grince quand on l’ouvre, expliqua-t-il en se dirigeant vers les escaliers, plus loin, pour descendre au salon.
- C’est pas juste que tu sois aussi intelligent, David, maugréa Domino en le suivant, son sac toujours sur l’épaule.
- C’est toi qui fera la vaisselle, répondit simplement David avec un sourire en coin.
- Oh non ! C’est moi qui la fais depuis le début de la semaine, s’injuria la jeune fille en tapant du pied.
Elle grimaça en se rappelant qu’elle était pieds nus. Elle se rendit au salon et s’étala sur le sofa, un canapé d’angle noir disposé au centre du tapis sombre qui délimitait le salon.
Le rez-de-chaussée de cette demeure réhabilitée était réparti en quatre zones différentes. La première constituait le salon, ouvert sur le reste du bâtiment, il prenait une grande partie du côté droit, sombre et sobre. La cuisine était indiquée, à l’opposé du salon, par les plans de travail de céramique noire qui s’enroulaient sur eux-mêmes en une spirale carrée. La troisième zone était un atelier, composé d’outils divers, plus dangereux les uns que les autres, à la droite à côté de l’entrée principale. La dernière partie était la seule à être séparée des autres par l’un des faux murs tels que ceux qui séparaient les chambres, au-dessus du salon, sur les mezzanines. Il s’agissait de l’une des deux salles de bain, l’autre se trouvant en haut.
Domino enleva distraitement ses loose socks alors que David, dans la cuisine, faisait réchauffer le plat qu’il avait préparé plus tôt dans la soirée, refroidi depuis. L’adolescente jeta un œil à la mezzanine, séparée des autres, toute en longueur, où se trouvaient le bureau et la bibliothèque, elle était vide.
- Oncle Derek est toujours pas rentré, demanda-t-elle à l’adresse de l’autre qui haussa les épaules d’un air dédaigneux.
- Encore à draguer, probablement, répondit-il. Après l’escroquerie, c’est ce que ce boulet sait faire de mieux.
Domino leva les yeux au ciel mais ne répliqua pas. Elle savait bien, depuis le temps, que Derek n’était pas aimé de David. Elle prit la télécommande posée sur la table à côté du canapé et alluma la télé. Une émission de variété passait sur la chaîne qui était apparue. Elle posa la commande sur la table basse et s’allongea, la tête posée sur l’accoudoir.
Mais son champ de vision fut obstrué par le corps de David qui s’était volontairement mis devant la télévision.
- Hey, s’injuria Domino en s’armant immédiatement du coussin le plus proche, prête à l’attaquer dès qu’il ouvrirait la bouche.
Il sourit en lui tendant l’une des deux assiettes qu’il avait en équilibre sur le bras droit, des pâtes à la carbonara et un steak délicieusement saignant. Elle la prit avec les couverts qu’il avait apportés et il vint s’asseoir à côté d’elle. Comme à leur habitude, Domino commença par la viande, et David par les féculents.
- Je me demande quand même ce qu’il fait, remarqua Domino au bout d’un moment.
- Avec un peu de chance, un mari en colère de l’avoir trouvé dans le lit de sa femme l’aura jeté dans la baie du port, des poids aux pieds, fit David en cachant tant bien que mal un sourire sadique à l’imagination de la scène.
Domino lui donna un coup de coude dans les côtes.
- Tu dis ça, mais il te manquerait si tu ne pouvais pas le descendre en flèche et le rabaisser à tout bout de champ.
- Je ne suis pas sadique de nature, rétorqua pertinemment David, contrairement à ce que tu peux penser.
- Ce n’est pas ce que me dit ton imagination débordante, soupira Domine en retournant à ses pâtes.
- Tu tiens vraiment à faire la vaisselle jusqu’à la fin du mois, demanda David d’un air consterné.
Domino lui jeta un regard noir.
- Aurais-tu, à tout hasard, connaissance du mot « démocratie », répliqua-t-elle sur le même ton.
- Nan ! Ça fait trois mois que j’ai pas mis un pied en cours d’histoire, avoua le jeune homme avec un sourire en coin.
- Sérieux, s’étonna Domino en reposant sa fourchette.
- Le prof est trop gonflant, expliqua David en finissant la viande, une semaine après la rentrée, je pouvais déjà plus me le blairer.
- Kern ?
- Ouais, tu l’avais au col… lège…
David poussa un soupir à fendre l’âme en tournant la tête vers l’entrée alors que Domino affichait un sourire narquois.
- Je suis sûr qu’il arrive, maugréa David en posant son assiette sur la petite table, j’en suis sûr et certain, il va entrer dans la minute qui suit !
- Ouais, rigola Domino, et après, tu fais le type cool « Moi ? Sixième sens ? Ciel ! Bien sûr que non, je suis tout à fait normal ! ».
- Je suis normal, répliqua David d’un air convaincu, tout autant que toi et ce charlatan qui simule des dons extraordinaires pour mieux rafler le compte en banque de ses clientes ! Ce n’est rien de plus qu’un prestidigitateur !
- Tu lui reconnais donc des talents de manipulateur, conclut Domino en attrapant les assiettes pour aller les laver.
L’achat d’un lave-vaisselle était, selon elle, le plus urgent à l’heure actuelle. Manque de chance, David avait d’affreuses tendances écolos qui faisaient, qu’en plus de ne pas avoir de lave-vaisselle, elle devait laver les couverts et les plats avec une seule bassine d’eau, en utilisant le moins de savon possible. Si David excellait dans la tâche, c’était loin d’être son cas.
- La minute est presque écoulée, annonça David en éludant la question, il ne reste plus que dix secondes.
Au moment même où il disait ces mots, la grande porte coulissa pour laisser passer un très bel homme d’une trentaine d’années. Les cheveux aussi noirs que les deux adolescents, il possédait aussi les mêmes yeux bleus transperçant. Il était en fait le clone parfait de David, avec quinze ans de plus. Une caractéristique de famille : ils se ressemblaient tous. La seule différence avec le jeune homme était l’air narquois qu’il affichait, faisant plutôt penser à l’expression de Domino. Un serpent d’argent enserrant une croix de tau pendait à son oreille droite. Le symbole de l’œil de Râ pendait au fil de cuir noir qui entourait la base de son cou. Il referma la porte avec un soupir et alla jeter son blouson sur le canapé.
- T’étais où, Oncle Derek, demanda sa nièce depuis la cuisine.
- J’étais avec une femme, répondit celui-ci avec un sourire supérieur.
- Ah, fit simplement David, et tu l’as payée combien ?
Derek tourna la tête vers lui d’un air résigné.
- Je ne l’ai pas payé, David, soupira-t-il.
- Alors elle t’a payé combien, répliqua David sans se démonter.
- Elle ne m’a pas payé, s’irrita Derek, elle est mariée, de une. Et de deux, il s’agissait de votre CPE.
David haussa un sourcil sarcastique.
- Ciel, s’exclama-t-il en se levant pour rejoindre Domino à la cuisine, je savais que tu avais mauvais goût en matière de femmes, mais à ce point, ça dépasse toutes mes espérances !
Derek serra les dents mais ne dit rien en respirant lentement.
- Je n’étais pas avec votre CPE pour ça, expliqua-t-il enfin, on a fait que parler.
- Et de quoi, interrogea Domino alors que David s’affairait à côté d’elle.
- De vous.
Les deux adolescents cessèrent tout mouvement et levèrent la tête vers Derek d’un air effaré.
- Pardon ?!
L’adulte afficha un air triomphant en enlevant ses Doc Martens. Il s’installa à califourchon sur le dossier du canapé et se tourna vers les jeunes.
- Une nouvelle campagne a été lancée par le maire de Carmel. Il s’agit de la « réhabilitation des lycées ». Traduit en bon langage, ajouta-t-il en imitant les guillemets avec ses doigts, « éclatement des gangs ».
Domino et David soupirèrent de concert en s’affalant à moitié sur le comptoir.
- Il s’agit, continua Derek en ignorant royalement leur mine consternée, de faire un échange.
- Super, s’exclama David en se redressant brusquement, tu pourrais développer ? Je pense qu’on comprendrait mieux.
Derek soupira en haussant les épaules, résigné. Depuis qu’il en avait la charge, David n’avait jamais exprimé la moindre sympathie à son égard.
- Vous savez que le lycée de l’Ouest est réputé pour son ramassis de dégénérés mentaux, demanda-t-il. Même si cette rumeur est des plus exagérée, soit.
- Ben ouais, marmonna Domino en levant un sourcil septique, on y est !
- Oh, merci, Dom, fit son oncle d’un air blasé, ça, je le sais !
- C’est déjà ça, remarqua David sur un ton sarcastique.
- A l’inverse, reprit Derek comme s’il n’avait pas été coupé, le lycée de l’est est un établissement très sélect, qui rassemble la crème de la crème, la progéniture des plus riches de Carmel. Et en plus, le matériel est neuf.
- Ouais, c’est du favoritisme. Mais quel rapport avec cette campagne débile, demanda Domino, perplexe.
- On va d’abord faire un test, annonça Derek, du moins, c’est ce que m’a dit votre CPE. Le but serait de prendre deux élèves de l’Est pour les mettre dans votre lycée, de façon à ce qu’ils y apportent de la discipline, les règles auxquelles ils sont habitués étant beaucoup plus strictes, et de prendre deux élèves de l’Ouest pour les mettre à l’est, ils seront ainsi remis sur le droit chemin, entourés de camarades de classes qui ne risquent pas de les suivre dans leurs coups foireux.
- Mais c’est naze, s’injuria Domino, s’ils pensent que le changement d’environnement peut influer sur la nature profonde d’un élève de l’Ouest, c’est mal les connaître !
- N’empêche que je plains les deux qui vont se faire avoir, remarqua David en s’accoudant au comptoir. Ça va forcément être des fortes têtes.
- Probablement Mimi Terence, marmonna pensivement Domino.
- Et Joël Lynn, je pense…
- Hum… j’aurais plutôt parié sur Jimmy Sand, il a quand même retapissé la salle de math avec du papier-toilette…
- Mouais, fit David d’un air peu convaincu, mais à mon avis, ils vont surtout prendre ceux qui entraînent les autres, tu vois. Les meneurs, quoi.
- Possible, tu sais, toi, Oncle Derek ?
Celui-ci les observait débattre depuis le début, croisant les bras d’un air consterné. Il leva un sourcil septique.
- Vous avez seulement idée des véritables personnes qui influencent le lycée de l’Ouest, demanda-t-il d’un air désespéré.
Les deux adolescents secouèrent la tête en signe de négation.
- Qu’est-ce qui est le plus en vogue dans votre lycée, demanda Derek en soupirant.
- La voyance, s’exclama Domino d’un ton triomphant. Je le sais, même des terminales viennent me demander des prédictions !!
- Et les mecs, c’est plus le basket, dit David en haussant les épaules, le nombre de personnes qui voulaient prendre ma place de capitaine cette année, c’est…
Il ne finit pas sa phrase. La révélation venait de se faire, et Domino avait eu un flash en même temps que lui. Ils s’observèrent d’un air hébété avant de tourner la tête vers Derek qui grimaçait.
- N… nous, réussirent-ils à articuler.
Derek acquiesça silencieusement.
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Azzurra
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MessageSujet: Re: M comme Domino   Dim 8 Juin - 13:23

Tout semblait mort. Les hautes vagues déchaînées de l’océan étaient figées dans la glace, comme coupées dans leur élan, formant sur l’étendue grisâtre d’immenses spirales immobiles sous une toile de nuages sombres et compacts. Ce morne paysage s’étendait à perte de vue, coupé de temps à autres par de gigantesques squelettes de baleines, en partie pris dans les glaces, qui s’élevaient en monuments morbides au-dessus des vagues, formant des ombres inquiétantes et informes sur cette mer congelée.
David observa l’endroit, indifférent. Il donna un léger coup de pied, qu’il remarqua alors nu, à la grosse pierre blanche, polie, qui se trouvait sur son chemin. Il se fichait pas mal du fait que la pierre en question soit un crâne d’enfant. Pour lui, c’était une pierre qui gênait le passage, il suffisait de l’écarter. Les corps, ce n’était pas ce qui manquait ici, de toute façon. Un frisson lui parcourut alors l’échine et il se retourna.
Dans le brouillard léger qui s’élevait derrière lui, il identifia la forme vague d’un vieillard s’appuyant sur un bâton, il avançait, une lanterne à la main, sur un chemin de livres en ignorant le serpent vicieux qui lui tournait autour en jouant de sa langue fourchue
.
- Voilà pourquoi j’aime pas les serpents, soupira David en se détournant de l’apparition qui s’évapora aussitôt.
Il se dirigea vers l’un des grands squelettes, et s’allongea sur la bosse que formaient les os d’une nageoire pectorale. Il ferma les yeux avec un soupir. Il se rendit alors compte que sa boucle d’oreille n’avait pas teinté en touchant la surface dure, ce qui n’était pas normal. Il mit la main à son lobe et vit, qu’en effet, la tête de mort n’était pas à sa place. Il jeta un coup d’œil à sa tenue, ce qu’il n’avait pas pris le temps de faire jusqu’alors. Il était simplement vêtu d’un large polo noir et d’un pantalon de toile de la même couleur que son haut. Il soupira à nouveau en se redressant.
- Bien, s’exclama-t-il en parlant à l’immensité silencieuse qui lui faisait face, ça veut dire que je vais pas m’attarder ici. Si vous avez quelque chose à me dire, c’est maintenant, parce que je vais reprendre ma route.
Il accompagna le geste à la parole et se leva pour reprendre sa route sur la glace. La rive était de l’autre côté. Le tonnerre gronda alors et le brouillard se fit plus pressant autour du jeune homme. Celui-ci haussa les épaules en continuant à avancer. Il était dans sa nature d’aller à l’encontre des principes, surtout quand il s’agissait des siens. Il voulait la rejoindre, la rive, il le savait. C’était le plus rapide pour s’en aller. Il faisait donc l’inverse.
- Je suppose que c’est à propos de cette histoire de changement d’école, n’est-ce pas , fit-il au bout d’un moment.
Une nouvelle figure se forma dans l’air. Une grande dame habillée d’une cape. Très attirante du point de vue de David. Il la trouverait encore plus attirante si ce n’était pas vers lui qu’elle pointait sa faux. Il aimait la Mort, mais seulement quand elle frappait à côté.
- C’est pas très clair, s’excusa-t-il auprès de l’apparition.
Celle-ci eut un geste énervé. Ce môme était, outre l’un des plus talentueux, probablement l’un des plus insolents, et même LE plus insolent. La Mort jeta sa faux plus loin sur la glace. David recula prudemment, il savait bien que l’énerver n’était pas une bonne chose, et c’était bien pour ça qu’il le faisait. Il jeta un œil à l’endroit où la faux avait été jetée.
Sur la glace, juste à côté de l’arme, était gravé quelque chose : « Mem ». David observa le mot d’un air ahuri avant de se tourner vers la Mort qui commençait à disparaître, le léger tremblement secouant ses épaules montrant clairement qu’elle se moquait de lui.

- Va falloir que je la ressorte à Dom, celle-là, soupira David. Je suis encore plus perdu, mais merci quand même ! Je suis bien enfoncé, maintenant !
L’apparition avait disparu. David leva les yeux au ciel avant de consulter sa montre, se rappelant qu’il ne l’enlevait que pour aller se laver, et devait par conséquent l’avoir encore au poignet. Il avait encore du temps devant lui. Il se retourna pour observer la puissante vague qui, figée, semblait vouloir s’abattre sur lui. Il alla s’asseoir au pied de celle-ci et attrapa la guitare noire qui s’y trouvait. Elle n’y était pas, quelques instants plus tôt.
David voulait partir. Donc il resta sur place et commença à jouer. Il gratta quelques accords avant de se décider pour une chanson. Une de son groupe préféré.

« I'm so high. I can hear heaven.
I'm so high. I can hear heaven.
Oh but heaven, no heaven don’t hear me… »
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MessageSujet: Re: M comme Domino   Dim 8 Juin - 13:53

La jeune fille ouvrit difficilement ses grands yeux cobalt. Elle les laissa un instant fixés sur la verrière en pente, qui constituait le toit de cet ancien entrepôt, avant de les porter sur le reste de sa chambre. Des faux murs vert sombre, raccrochés à la paroi du bâtiment, du parquet ciré, un panier de basket était accroché au-dessus de la porte. A première vue, on n’aurait pas pu dire si cette chambre était celle d’une fille ou d’un garçon. Elle était assez petite et un lit bas, deux places, prenait une grande partie de l’espace. Les tiroirs dessous, tous plus ou moins entrouverts, laissaient apparaître des vêtements soit sombres jetés dedans sans la moindre délicatesse. Près de la porte, il n’y avait qu’un simple bureau, à côté duquel se trouvait un large fauteuil rouge, plus confortable, de l’avis de Domino, pour étudier.
Celle-ci se décida enfin à se rappeler pourquoi elle avait été réveillée et se redressa, ne prenant pas garde à l’oreiller qui s’était visiblement écrasé contre le mur d’en face durant la nuit. Elle avait toujours été agitée dans son sommeil. De la chambre d’à côté s’élevait un son de guitare et une voix fabuleuse et grave qu’elle savait appartenir à David.
« And they say that a hero could save us.
I’m not gonna stand here and wait.
I'll hold on to the wings of the eagles.
Watch as we all fly away… »

Elle reconnut la chanson « Hero », du groupe Nickelback, le préféré de David. Elle se leva et attrapa rapidement un court short en jean qu’elle enfila sur son boxer, gardant le polo noir, trop grand, qui faisait office de tenue de nuit. Elle prit la barrette en argent sur son bureau, représentant un serpent et attacha grossièrement ses lourds cheveux noirs avant de sortir de sa chambre, laissant la porte ouverte, pour se rendre dans celle d’à côté.
Elle ouvrit et entra sans prendre la peine de frapper. David, portant un polo identique au sien et un léger pantalon de toile, était assis en tailleur sur son lit, du même type que celui de la jeune fille, et avait arrêté de chanter. Il grattait simplement quelques cordes sur sa guitare noire, un cadeau de Derek pour le noël dernier, qu’il n’avait pas pris la peine de remercier, une clope à peine entamée coincée entre ses lèvres. Domino soupira en voyant le cendrier au pied du lit, qui était plein à ras-bord. Elle le prit et alla jeter le contenu dans la poubelle sous le bureau. La seule véritable différence entre la chambre de David et celle de Domino était que les murs du jeune homme étaient couverts de différents posters de groupes de rock, connus ou non. Il n’avait pas de fauteuil, lui, puisqu’il avait la guitare, et tous ses vêtements sales accumulés durant la semaine traînaient par terre jusqu’à cacher entièrement le parquet.
David attrapa sa cigarette et expulsa doucement la fumée de sa bouche en faisant tomber le surplus dans le cendrier nouvellement vide, tandis que Domino s’asseyait à ses pieds, calant son dos contre le lit.
- C’est mon polo, remarqua calmement David en replaçant la clope à la bouche pour jouer quelques accords.
- Et alors, demanda Domino en levant un sourcil, je vois pas ce que ça change, t’en as des tonnes, des polos noirs.
David leva les yeux au ciel mais ne répondit pas.
- Tu sais quoi, s’exclama alors Domino en se tournant vers lui, j’ai rêvé qu’on était déjà au lycée de l’Est, et qu’on portait des uniformes !
La main de David dérapa brutalement des cordes, sur lesquelles il s’entailla l’index.
- Merde !
Il se leva brutalement, debout sur son lit, sa guitare étant tombée sur le côté. Il s’était mis le doigt blessait à la bouche et l’imbibait de salive en espérant arrêter le saignement, dansant d’un pied à l’autre. Domino s’était relevé aussi et avait attrapé sa clope qui, tombée près des couvertures pendantes, risquait d’y mettre le feu. Une fois la douleur légèrement passée, David ôta son doigt de sa bouche et regarda la jeune fille d’un air outré.
- Des uniformes ?!!
Domino leva un doigt pour l’empêcher de s’insurger plus encore.
- Ils étaient super bien foutus, plaida-t-elle avant de poser la cigarette dans le cendrier.
- DOM !!!! DES UNIFORMES !!!!!
Domino, peu effrayée par la colère subite de l’autre, ce genre d’états étant relativement fréquent chez lui, le matin, haussa les épaules en signe d’impuissance. David sauta de son lit et sortit de la chambre en courant, vite suivi de Domino qui avait pris soin d’éteindre la clope avant. L’adolescent trouva Derek en train de lacer ses Doc Martens, assis sur le canapé. Il avait déjà enfilé sa veste en cuir, signe qu’il allait partir au travail.
- DEREEEEEKKK !!!!!!
- Bien, David, s’exclama celui-ci en redressant la tête avec un soupir, bien ! Tu te souviens de mon nom ! C’est un progrès !
- ESPECE DE CHARLATAN DEGENERE !!!!!!! C’EST QUOI CETTE HISTOIRE D’UNIFORMES ?!!!!!!
- L’Est est un lycée pour riches, rappela pertinemment Derek en rabaissant le bas de son jean sur ses chaussures, il a à peine deux ans, qui plus est.
- C’est quoi, exactement le rapport, demanda David d’un air énervé.
Derek lui lança un grand sourire, dévoilant ses canines blanches et pointues. Mais David resta de marbre. Un pareil sourire était de famille, sans compter le fait qu’il n’était absolument pas attiré par les hommes. Avant qu’il n’ait eu le temps d’ajouter quelque chose, Derek s’était levé, avait parcouru l’espace qui le séparait de la sortie, en vérifiant que le serpent sur sa croix pendait bien à son oreille, et fermait déjà la porte en conseillant aux deux adolescents de ne pas arriver en retard en cours. David tapa du pied d’un air rageur en le traitant sans ménagement de salaud. Domino lui tapota l’épaule, conciliante, avant de descendre l’escalier.
- C’est le matin, remarqua-t-elle en partant vers la salle de bain, tu devrais te faire un café. Je vais chercher de quoi soigner ton doigt dans la pharmacie.
Elle disparu dans la salle d’eau alors que l’adolescent, suçant à nouveau son index qui avait recommencé à saigner, descendait vers la cuisine pour mettre en route la cafetière.
Domino revint avec des bandes et du désinfectant alors qu’il posait deux tasses fumantes sur le comptoir. David se soigna seul et plaça correctement les bandes autour de son doigt, Domino finissant son café, assise sur l’un des tabourets de cuir.
- Tu veux que je t’aide, demanda-t-elle au bout d’un moment.
- T’es peut-être douée avec un moteur, remarqua David en serrant les bandes avec ses dents, mais le corps humain, c’est pas vraiment ça, je préfère de loin me débrouiller. Tu serais capable de vouloir m’arranger le doigt avec une clé à molettes.
- C’est bientôt les vacances de noël, soupira la jeune fille en ignorant la pique acerbe, va falloir leur dire…
- Ils sont pas près à ça, ces idiots, répliqua David en attrapant sa tasse pour la porter à la bouche. Qu’on change d’école, passe encore, mais qu’on aille au lycée de l’Est, c’est une autre histoire.
- D’un autre côté, leur dire juste avant n’est pas forcément la meilleure solution non plus, grimaça Domino.
- Ils sont déjà au courant de cette campagne, de toute façon, fit David en haussant les épaules, ils se demandent juste qui va se faire avoir.
- Je pense que je vais le dire à Nas, aujourd’hui, annonça Domino d’un air décidé.
David faillit recracher son café.
- Tu lui as pas dit, fit-il en prenant un ton le plus détaché possible.
- Non, pas encore, soupira Domino.
Penchée sur l’évier pour y poser dans tasse, elle ne vit pas la grimace de David. Ce dernier avait en effet passé la nuit avec Nas la semaine d’avant et, comme qui dirait, une clope en entraînant une autre, il lui avait tout déballé sur cette histoire. Il faudrait qu’il se méfie du don de Nas à faire parler les gens, à l’avenir.
- Et tu l’as dit, toi, à Amanda, interrogea alors Domino avant de partir vers l’escalier pour s’habiller.
- Non, j’attends qu’elle l’apprenne de quelqu’un d’autre, répondit David en posant à son tour sa tasse dans l’évier. Sinon, elle va me faire une crise.
- Et Jillian ?
- J’ai pas eu besoin de le lui dire clairement, il l’a deviné, marmonna David en entrant dans sa chambre, parlant à Domino par leur mur commun qui ne fermait pas entièrement les chambres.
- Au bout de combien d’essais ?
David haussa un sourcil perplexe en réfléchissant, le polo noir, sans manche, qu’il comptait mettre, à la main.
- Un certain nombre, finit-t-il par dire en enlevant le fait qu’il portait pour dormir, dévoilant ainsi le scorpion noir qui balafrait ses abdos.
Le ricanement de la jeune fille s’éleva alors que David ouvrait l’un des tiroirs sous son lit pour en sortir un jean large qu’il se dépêcha d’enfiler sur son boxer. Il attrapa la ceinture à double cran qui était posée sur le dossier de sa chaise et la passa à sa taille.
- David, soupira Domino depuis sa chambre, on est en hiver ! Il caille ! Tu vas te geler si tu t’habilles comme ça.
- Encore l’un de tes rêves débiles, déplora David en tirant brutalement sur sa ceinture pour l’enlever.
Il l’attacha simplement par-dessus son polo, laissant la boucle apparente, et enfila sur celui-ci un autre haut, plus court, à manches longues. Il prit les bracelets de cuir et d’argent qui se trouvaient sur sa table de chevet et les posa rapidement sur ses poignets, avant de parer son cou et ses doigts. Après avoir mis la dernière bague, il attrapa sa tête de mort et la suspendit à son oreille en se dirigeant vers son sac de cours. Il y rentra les livres nécessaires, qui attendaient sur le bureau, avant de prendre son paquet de clopes qu’il rangea dans la poche avant, ne manquant pas, au passage, d’en piocher une qu’il coinça entre ses lèvres. Il enfila sa veste en cuir et jeta le sac sur son épaule avant de sortir de la pièce.
- Je t’attends à l’entrée, lança-t-il à Domino, toujours dans sa chambre.
Il descendit les escaliers en allumant distraitement la cigarette et arriva à la porte qu’il fit coulisser à l’aide de ses deux bras. Seul Derek pouvait la pousser d’un seul, ce qui énervait prodigieusement David.
Comme l’avait prédit Domino, dehors il faisait froid. En face de la baraque, son regard tombait directement sur le port, à une centaine de mètres. Les nuages qui s’amoncelaient au-dessus d’une mer noire n’annonçaient rien de bon. Il observa longuement les îlots, qui s’élevaient sur l’eau comme des corps décharnés, pourris jusqu’à la moelle, ressortant de terre après un éboulement. Il tirait une bouffée de sa cigarette, ailleurs, quand un bruit métallique attira son attention.
Il tourna la tête en levant un sourcil perplexe pour apercevoir, plus loin contre le mur, un adolescent blond, complètement trempé. Il devait avoir quatorze ans, environ, et ses lèvres étaient bleutées par le froid, les gouttes d’eau roulaient lentement sur son visage au teint cadavérique, ses vêtements étaient déchirés par endroits, collant à son corps maigre, laissant les os apparents sous la peau. Ses yeux noirs, à demi-fermés, regardaient David, vides de toute expression. Le brun vit ses lèvres bouger lentement alors que ses mains se crispaient convulsivement sur son jean.
- A l’aide…
- Et merde, soupira David en repartant à l’intérieur du bâtiment.
Il laissa son sac devant la porte et courut vers sa chambre, montant les marches quatre à quatre. Domino qui venait à peine de sortir, elle écarta les légèrement bras, enthousiaste.
- De quoi j’ai l’air, s’enquit-elle avec un grand sourire.
Mais David passa devant elle sans même lui jeter un regard, ignorant royalement la chemise noire qu’elle avait ouverte sur une superposition d’un débardeur noir au-dessus d’un rouge, ainsi que son jean, paré de chaînes, à l’image du sac à bandoulière noir qui cognait contre son flanc, qu’elle avait mis tant de temps à trouer au genou droit, tout comme la grosse croix en onyx qui pendait à son cou. Il entra dans sa chambre et elle tapa du pied en croisant les bras d’un air vexé, faisant tinter la croix reversée à son oreille gauche, ainsi qu’une bonne quantité de ses bracelets et de ses colliers. Il n’avait même pas remarqué que la chemise était à lui ! Elle le vit ressortir, une paire de lunettes à la monture et aux larges branches noires, sur le nez, et oublia son irritation pour afficher un sourire sadique.
- Alors, monsieur Normal, s’exclama-t-elle alors qu’il arrivait vers elle, on se fait harceler ?
- La ferme, maugréa David en remontant machinalement les lunettes, et si tu veux tout savoir, t’as l’air d’une allumeuse.
Domino s’arrêta et le regarda descendre avant de claquer des doigts d’un air satisfait.
- Je savais que j’avais une tenue parfaite, se félicita-t-elle. J’ai toujours une tenue parfaite !
Elle descendit à la suite de l’autre et ils sortirent, refermant la porte derrière eux. David tourna la tête avec précaution vers l’endroit où se tenait le blond quelques instants plus tôt. Il n’y était plus. Il abaissa précautionneusement ses lunettes. Il y était à nouveau, le regardant d’un air suppliant. David remit prestement ses lunettes sur son nez et partit avec Domino en direction de leur lycée. Il n’était pas loin, juste à la périphérie des entrepôts réaménagés. Du dernier étage, on pouvait même voir les quartiers huppés, construits plus haut sur la colline.
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Azzurra
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MessageSujet: Re: M comme Domino   Jeu 12 Juin - 12:44

Il y avait déjà bon nombre d’élèves dans la cour, la plupart appuyés contre le grillage. David avisa rapidement les terrains de basket, où jouaient déjà tous les membres du club. Il écrasa sa clope contre la porte du lycée et la jeta à la poubelle. Il se dirigea vers eux, laissant Domino qui avait repéré une jeune fille, d’environ deux ans son aînée, vêtue d’une tenue sombre et moulante. Sa longue chevelure et ses yeux noirs faisaient ressortir sa peau pâle et son air distingué. Elle fumait tranquillement contre le grillage. Domino courut vers elle en lui faisant de grands signes.
- Nastasja, l’appela-t-elle en lui sautant presque au cou, comment ça va, aujourd’hui ?
Celle-ci ne répondit pas à la question et observa l’adolescente d’un air sévère. Celle-ci semblait plutôt gênée par la mine sérieuse de son amie.
- Ça va, Nas, répéta-t-elle au bout d’un moment.
Nas tira sur sa cigarette et fit tomber les cendres à terre avant d’ouvrir la bouche.
- La CPE a passé une annonce tout à l’heure, déclara-t-elle, elle nous a convoqués dans la salle polyvalente. On doit s’y rendre à la sonnerie. Tu as une idée de pourquoi elle voudrait nous voir ?
- Euh… non, finit par répondre Domino en cachant une grimace.
Pourquoi avait-elle rêvé d’uniformes et de froid ? Ça faisait déjà plusieurs fois de suite qu’elle n’était pas mise au courant des évènements importants, et cette situation commençait sérieusement à lui courir sur le système.
- Bon, concéda Nas en tirant sur sa clope. Tu portes une chemise de David ?
- Ouais, marmonna Domino d’un air blasé, ben t’es la seule à le remarquer.
- Hum… j’ai vu que David portait ses lunettes, fit Nas. Il doit être de mauvaise humeur.
- Faut arrêter avec ça, soupira Domino, c’est pas parce qu’au début de sa seconde il a étalé un prof alors qu’il portait ses lunettes, que ça veut forcément dire qu’il est dans un mauvais jour quand il les met !
- Alors, pourquoi à chaque fois qu’il les porte, il est énervé, demanda pertinemment Nas.
- Oh, ça, marmonna Domino en jetant un regard sous-entendu au jeune homme, à l’autre bout de la cour.
Celui-ci, contre le poteau qui soutenait le panier de basket, avait jeté son sac sur le bord du terrain et parlait maintenant avec un brun enjoué de son âge, dont le gabarit, bien que moindre face à celui de David, n’était pas sans impressionner un grand nombre. Au fur et à mesure qu’il parlait, il repoussait sa frange, qui lui tombait dans les yeux, de légers mouvements de tête.
- … et donc, je lui ai dit d’aller de faire voir, conclut-il avec un grand sourire. Au fait, la CPE a fait passer un message comme quoi elle voulait nous voir dans la salle polyvalente à la sonnerie ! Je suppose que tu sais pourquoi ?
- Hum, maugréa David en sortant un livre de la poche de sa veste, j’ai ma petite idée sur la question, en effet.
- Tu vas sécher, demanda l’autre en lisant le titre du livre. « L’autopsie de Satan », t’as de drôles de lectures, décidément !
- Toi, tu sais même pas lire, répliqua David en tournant la page, et ouais, j’ai pas envie qu’Amanda me tombe dessus juste après. J’vais la laisser se calmer un peu, sinon je vais passer un sale quart d’heure.
- Le grand David qui a peur de sa copine, s’esclaffa son ami, si je le disais, personne ne me croirait !
- C’est pas que j’en ai peur, c’est qu’elle me saoule, expliqua David avec un haussement d’épaule.
- Tu me la laisses, s’exclama son vis-à-vis avec avidité.
- Tu la prends quand tu veux, c’est pas le problème, mais elle aime pas les types dans ton genre. Tu la fais franchement pas triper.
- Mais…
- Hey ! Jillian, intervint un mec sur le terrain, en sueur, tu me remplaces ?
- Faut que tu travailles ton endurance, rétorqua l’interpellé avant de se retourner vers David. De toute façon, Amanda, elle craque sur ce loubard de terminale, là… celui qui a deux neurones…
- Jimmy Sand, nota David en levant à peine les yeux de son livre.
- Ouais, marmonna Jillian, bref, elle a pas bon goût, niveau mec… à part toi, bien sûr ! Tu es le garçon le plus beau que j’ai jamais vu ! Si j’avais été une fille, même…
- Jill, coupa David d’un air exaspéré en refermant brusquement son livre, si tu veux me demander quelque chose, vas-y !
- Bien, hésita Jillian en reculant légèrement. Tu… veux pas enlever tes lunettes ? Je me sentirais plus rassuré, je crois…
David se contenta de remonter celles-ci sur son nez avec de croiser les bras, attendant la suite.
- Ok, il est de mauvaise humeur, chuchota Jill pour lui-même. C’était pour savoir, c’est bien moi que tu prendras comme capitaine de l’équipe quand tu partiras, hein ?
L’actuel capitaine de l’équipe de basket lui jeta un regard mauvais par-dessus ses lunettes qui fit imperceptiblement frissonner Jillian.
- Et pourquoi est-ce que je te choisirais comme capitaine, finit par demander David.
- Parce que je suis le vice-capitaine de l’équipe, le meilleur joueur après toi, entreprit d’expliquer Jillian, et puis… je suis ton meilleur ami…
- Si tu veux être un bon orateur, conseilla David, commence par persuader quelqu’un que tu connais avant d’essayer de le convaincre et essais de convaincre quelqu’un que tu ne connais pas avant de tenter la persuasion.
Jillian le regarda d’un air blasé.
- Ça veut dire non, c’est ça ?
- Ça sera non si tu t’obstines à ne pas vouloir fermer la bouche jusqu’à ce que j’ai enfin fini ma page, répliqua David avec un grand sourire en rouvrant son livre. Bien sûr, si la réponse s’avère négativement, tu auras un lot de consolation : une bonne raclée remet d’aplomb n’importe quel abruti. Même les cas désespérés dans ton genre !
Jillian allait répondre mais, prenant conscience de la menace, referma précautionneusement la bouche avec un sourire crispé.
- C’est bien, Jill, le félicita David en retournant enfin à son livre.
Jillian croisa les bras d’un air mécontent mais n’ajouta rien, par peur des représailles promises. Ce ne fut donc pas lui qui interrompit une seconde fois la lecture du capitaine, mais un autre joueur de l’équipe, qui venait de passer les grilles pour se diriger vers David. Sa peau noire d’ébène contrastait avec la chemise blanche qu’il portait ouverte sur son polo noir. Les traits carrés, les épaules larges, il était le seul garçon, avec Jillian, à pouvoir approcher David quand il avait ses lunettes sans se prendre un coup de poing dans la seconde qui suivait.
- David, s’exclama-t-il en arrivant devant les deux autres, les mains enfoncées dans les poches de son jean, j’ai croisé Amanda, elle te cherche et elle est furieuse.
- Pour ne pas changer, soupira David en refermant définitivement son livre pour le remettre dans sa poche. Qu’est-ce que c’est, encore ?
- Elle pense que tu as quelque chose à voir avec le fait que la CPE nous ait convoqués.
- C’est pas comme si elle avait tort, marmonna alors Jillian d’un air blasé.
Il ne se rendit compte de son erreur que trop tard et se plaqua brutalement les mains sur la bouche en jetant un regard apeurés à David qui enlevait tranquillement sa veste de cuir.
- Passez-moi un objet contondant, ordonna le capitaine à l’adresse du reste de l’équipe.
- Non, supplia Jillian en se cachant derrière le malien qui leva les yeux au ciel d’un air consterné. Kouakou, protège-moi !!
- Et manquer un spectacle aussi distrayant, interrogea l’autre d’un air sarcastique en levant un sourcil.
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